Célibat de longue durée

Cette semaine, en rentrant chez moi après un afterwork avec des collègues, j’ai eu la mauvaise idée de vouloir me comparer à certaines femmes qui étaient de la « party ». Femmes toutes engagées auprès d’un partenaire depuis longtemps, avec ou sans enfant, stables, calmes et toujours le sourire aux lèvres. Rien à voir avec moi…

Sur le chemin du retour, dans ma tête ont commencé à tourner les questions suivantes : « Peut-être que je suis trop brutale ? Ou directe ? Que je n’ai pas de filtre quand je parle ? Que je ne suis pas assez discrète ? assez féminine ? assez « précieuse » ? » Pour moi aussi, un jour, avoir un partenaire de longue durée, un calme quotidien et avoir un sourire figé sur mes lèvres H 24.

Un retour chez moi donc un peu angoissant en ce mercredi soir, qui s’est terminé par l’envoi de quelques messages résumant mes interrogations à mon dernier ex en date ainsi qu’à mon meilleur ami. Messages qui sont restés sans réponses et pour lesquels je me suis excusée le lendemain matin au réveil. Les deux m’ont alors répondu tout de suite : « En fait, pour être honnête, je n’avais pas compris tes questions ». Et je pense qu’ils avaient raison de n’avoir pas compris/voulu comprendre.

Je suis la seule célibataire officielle dans mon entourage proche à Genève depuis… Je ne veux même pas compter. Le célibat est pour moi comme une deuxième peau, j’y suis à l’aise et j’ai toujours vécu comme cela. J’ai eu des hommes dans ma vie, mais cela n’a pas duré pour différentes raisons. Souvent l’ennui, le manque d’intérêts communs, le manque d’activité sexuelle mais surtout les tromperies, le manque d’investissement ou différentes peurs liées à l’intimité ont mis fin à ces relations.

A chaque fois j’ai mis du temps à me remettre. A chaque fois je me suis remise en question comme il y a quelques jours. Dans le passé, j’ai pu ressentir de la honte ou de la culpabilité à dire que j’étais célibataire. Mais pourquoi ? Car mon célibat ne fait pas de moi quelqu’un de malheureux, loin de là, il fait de moi quelqu’un de libre, très libre. Pourrait-on dire d’ailleurs de trop libre ? Qui ne se fixe aucune limite, qui ne dépend de personne pour mener sa propre vie.

Avec le recul je commence à comprendre de plus en plus pourquoi je suis dans cette situation. C’est un peu comme si j’avais toujours rêvé de l’être et que comme certains rêves, un jour ils deviennent simplement une réalité.

J’ai grandi au sein d’un foyer monoparental, avec une mère au chômage, dépressive alcoolique, avec la main lourde sur les insultes et le chantage affectif, un frigo souvent vide et des placards remplis de bouteilles. Mon père était dans la même situation à 2’000 km de là, et je le voyais deux fois par an. Très vite j’ai compris que je ne pouvais pas compter sur eux. Et pendant des années mes souhaits les plus chers que je me récitais tous les soirs au fond de mon lit, étaient de voir le plus possible de notre monde et de manger toujours à ma faim. Et jamais dans ces rêves une autre personne que moi m’accompagnait. Ou alors c’était un rêve caché. Car vu que je considérais que mes parents ne m’aimaient pas, je ne pouvais pas considérer que quelqu’un d’extérieur puisse m’aimer.

15 ans après, je me rends compte que je n’ai jamais été sereine dans aucune de mes relations, mais que je le suis pleinement aujourd’hui. J’avais toujours peur. Peur qu’il parte, peur de ne pas être à la hauteur, peur qu’il en trouve une autre, peur de l’intimité. Puis ces peurs ont été petit à petit affrontées grâce à une rencontre qui a changé ma vie. Une rencontre qui, malgré les épreuves et les années passées est toujours d’actualité. Par sa seule présence, par ses mots, par son regard, par son attitude envers moi il m’a fait affronter mes peurs, une à une et sans le savoir, m’a aidé à construire la femme que je suis aujourd’hui. Et pour cela je lui en serai éternellement reconnaissante. Mais nous n’avons jamais été ensemble. En lui j’avais trouvé l’amant, le meilleur ami et sûrement le père de famille mais j’ai en même temps appris que parfois l’amour ne suffisait tout simplement pas. En revanche l’amitié peut être éternelle, donc nous avons choisi de devenir amis.

Combien sommes-nous à être en couple et à aimer quelqu’un d’autre ? Combien sommes-nous à s’aimer mais à ne pas pouvoir être ensemble ? Plus que ce que nous croyons.

Ce que je remarque c’est que plus le temps passe, moins de personnes sont disponibles et de plus en plus se mettent en couple. Par amour j’espère, mais souvent aussi par « sécurité », pour rentrer dans une case que la société nous a mis gentiment sous le nez pour pouvoir se sentir intégrées. Mais je remarque aussi qu’entre 30 et 40 ans, beaucoup se séparent et ne croient plus en cette vie de couple monogame. Peut être que nous vivons désormais trop longtemps pour cela…

Quand je dis que je suis célibataire (et je rajoute de temps en temps « de longue durée »), souvent les gens qui ne me connaissent pas me regardent d’un air désolé et se permettent de me dire que je dois être exigeante. Oui, peut être que je le suis, ou peut être que je ne suis pas dans une période de ma vie où je dois être en couple. Je commence à comprendre qu’on ne peut pas tout avoir dans la même personne et qu’il y a des choix à faire, mais que ces choix ne doivent pas être des sacrifices. Que dernièrement j’ai des choses plus importantes à faire pour moi, pour me sentir bien, et pour pouvoir donner de l’amour en retour sereinement. Car s’il y a bien une chose que j’ai appris ces dernières années, c’est que l’on attire ce que l’on est. Et si à l’intérieur de soi on possède tout un tas de peurs et qu’on ne s’aime pas, alors on rencontrera ce même type de personne encore et encore. En revanche, je n’ai en aucun cas le devoir de changer qui je suis pour pouvoir rencontrer le partenaire de ma vie. Je mène une vie différente des autres par choix, mais aussi parce que je n’ai pas eu de bon modèle à suivre et qu’on ne m’a pas donné les mêmes cartes à jouer au tout début de ma vie.

Alors, célibataire de longue durée oui, mais célibataire à vie, non ! Car la vie que je suis en train doucement de me construire n’aura aucun intérêt si je ne peux pas la partager avec quelqu’un…

Et vous, vous en êtes où dans votre vie sentimentale ?

4 commentaires sur “Célibat de longue durée

  1. Je suis touchée par ton texte. Plusieurs personnes autour de moi ont été dans ta situation, certaines y sont restées j’imagine ou plutôt je l’espère par choix, d’autres ont rencontré leur moitié « sur le tard » (mais pas tant que ça), certains se sont séparés moins d’un an après leur mariage, d’autres font leur vie en mode famille recomposée, certains sont restés plus de quinze ans pour finir par ne plus s’aimer, bref, il y a toutes sortes de situations. Le plus important est d’être heureux, en mode célibataire, en couple, en famille monoparentale, … Les besoins et les envies changent au cours de la vie.

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  2. Je crois que le plus important c’est de se sentir bien dans sa vie.
    Il n’y a pas une recette du couple heureux. Chacun sa vision des choses et de ce qui est juste pour lui, pour elle.
    Le célibat ne m’a jamais pesé. Ces périodes ont toujours été pour moi des opportunités de reprendre le contrôle de ma vie, de « travailler » sur ma relation aux autres, de me sentir libre!
    Une relation c’est quand même beaucoup d’investissement. A chacun de voir ce qu’il peut et veut investir.

    Aimé par 1 personne

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