La créole dorée (2/2)

Chères lectrices, Chers lecteurs

Suite et fin de cette nouvelle postée la semaine passée!

Bonne fin de week-end à vous toutes et tous!

Carnets d’une plume 🙂

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Marraine , celle dont on m’avait annoncé il y avait à peine 48h la mort clinique sur son lit d’hôpital, s’affairait autour de son lit comme si de rien n’était. Elle fredonnait cette chanson si chère à mon enfance tout en faisant la poussière et en replaçant des cadres sur la commode blanche en face de son lit :

« Tiens chérie, tu veux me donner un coup de main ? » me dit-elle quand elle me vit entrer.

« Mais… mais… » bégayai-je.

« Quoi mais … mais ? Viens me donner un coup de main, je te dis. Tu es plus grande que moi et je n’ai pas envie de sortir le tabouret pour les photos qui se trouvent là-haut. Tu sais comme ta mère est maniaque, si elle voit de la poussière dans la chambre où elle va dormir pendant quelques jours, tu peux être sûre que je vais en entendre parler pendant tout votre séjour ! »

Je n’en revenais pas. Elle était là, devant moi, ma marraine adorée, habillée comme sur la photo que j’avais prise dans les mains quelques heures auparavant, ou n’était-ce que des minutes ? Ses cheveux étaient noirs et bouclés, elle portait ce même chemisier en satin blanc, ses créoles dorées aux oreilles et une jupe noire cintrée. Et elle était bronzée ! Comme en plein été ! C’était impossible, j’étais en train de rêver.

« Mais qu’est-ce que tu fais là ? » parvins-je à articuler tout en m’asseyant sur son lit, de peur de m’effondrer. Mes jambes s’étaient mises à trembler.

« Comment ça, ce que je fais là ? Mais je suis chez moi, non ? » s’offusqua-t-elle.

« Oui, oui, tu es chez toi, mais tu es censée être…. Enfin tu vois… tu n’es plus censée être là ! » lui répondis-je.

« Et où suis-je censée être ? Je t’ai toujours dit que je serai toujours là pour toi, quoi qu’il arrive, non ? Et je suis une femme qui tient ses promesses. D’ailleurs, lève-toi, ma toute belle, que je voie comment tu as encore embelli ! »

J’obtempérai et elle s’approcha du côté du lit où je m’étais assise. Je sentis sa main glacée prendre la mienne pour m’aider à me lever. Mes jambes se mirent à trembler de plus belle. Tellement qu’elle voulut me rassurer en me caressant les cheveux et en me regardant droit dans les yeux. Puis elle décida d’enlever l’élastique qui retenait ma chevelure en queue de cheval pour me dire :

« Chérie, je t’ai toujours dit que tu étais plus belle les cheveux détachés !… »

Je la laissais faire sans bouger, pétrifiée, de peur de faire un mouvement brusque qui la ferait disparaître à jamais. Elle souriait tout en arrangeant quelques mèches de cheveux autour de mon visage. Le sien s’approcha du mien et elle me murmura :

« C’est bien mieux comme cela ! »

Elle mit alors ses deux bras autour de moi et me serra contre elle. Son corps était chaud, au contraire de ses mains, et cette étreinte me rappelait toutes les fois où elle me prenait dans ses bras lorsque je n’étais encore qu’une enfant. Elle nous fit balancer nos corps serrés de droite et à gauche et me murmura de nouveau à l’oreille : « Tout ira bien, ne t’inquiète pas.»

Ce moment ne pouvait pas être réel. Il avait dû y avoir quelqu’un qui voulait me faire une blague à l’hôpital et qui avait versé de la drogue dans mon café. Ou bien je faisais une fièvre ? Ou le manque de sucre me faisait – halluciner ?

Et dans ce moment de pure panique, j’entendis alors quelqu’un cogner contre une porte. En une seconde, je me retrouvai dans ce même sofa, sur le dos, avec le cadre photo dans les mains, à me réveiller et à entendre la voix de maman:

«  Ma puce ? T’es là ? »

Je vis alors maman à l’entrée du salon qui me demanda :

« Ça va ? Tu as dormi ? Tu dois être crevée avec tes gardes de nuit à répétition. Je te prépare quelque chose à grignoter ? »

Je la fixai sans dire un mot et me levai pour me précipiter dans la chambre de ma marraine qui était pleine de lumière quelques instants auparavant. La pièce était désormais dans le noir et surtout elle était vide !

Maman arriva derrière moi, décontenancée par ma réaction, et me demanda de nouveau :

«T’es sûre que ça va ? Tu es toute blanche ? Depuis quand tu n’as pas mangé ? »

Elle alluma alors la lumière de la chambre et je lui répondis :

«Oui, ça va. Cela doit faire 24h. Je … maman… il faut que je te raconte ce qu’il vient de se passer, mais je ne suis pas sûre que cela se soit vraiment passé. »

Je tournai autour du lit en faisant de grands gestes et je vis l’inquiétude grandissant dans les yeux de maman. Je ne pouvais décemment pas lui raconter ce que je venais de vivre sans lui apporter une preuve tangible. En passant et repassant devant la commode, en effleurant des doigts les cadres et en en prenant quelques-uns dans mes mains, je commençai doucement à comprendre que j’avais rêvé, jusqu’à ce que je la sente sous mon pied, sur le tapis : une des créoles dorées de ma marraine qu’elle portait le jour de mon baptême !…

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