La créole dorée (1/2)

Chères lectrices, chers lecteurs,

Vous êtes toujours de plus en plus nombreux à visiter mon site et j’en suis ravie!

Aujourd’hui je vous propose une nouvelle, mais aussi un hommage à une personne qui est partie récemment de ma vie et qui me manque beaucoup.

N’hésitez pas à me faire vos commentaires et je posterai la suite et fin la semaine prochaine!

Bon week-end à toutes et tous!

******

Quatre gardes de nuit et un remplacement cette semaine, cela faisait bien longtemps que cela ne m’était pas arrivé. Il était 8h15, fin de service et j’étais plus qu’épuisée.

La route allait être un peu longue, mais j’avais deux thermos de café qui m’accompagneraient pour tenir le coup. J’estimais arriver en fin de journée si je ne faisais pas trop de pauses et surtout si la neige décidait par miracle de s’arrêter de tomber.  Je savais qu’à cette époque de l’année la nuit tombait vite mais je n’avais pas le choix.

Je pensai, en rentrant dans ma voiture, et à juste titre, que si nous décidions de garder la maison, il allait falloir penser à faire intégrer sa localisation dans un GPS, j’étais persuadée que c’était possible.

Marraine avait voulu une vie tranquille, elle l’avait eue jusqu’au bout car elle avait toujours refusé   l’admission dans un foyer pour personnes âgées.

Je calculai que j’allais arriver la première, Maman, quant à elle, arriverait dans la soirée.

A la sortie de Kittilä, je me trompais toujours. Il fallait compter les chemins et celui du domaine n’a jamais été éclairé. Je coupai alors le son de la radio qui ne parlait que de la tempête à venir depuis une heure et je me mis à compter.

C’était le troisième ou le quatrième sur la gauche ? J’entendais Marraine me dire encore : 

« Et alors je ne mets pas d’éclairage sur le sentier ? Mais qui viendrait me voir la nuit ? Ma petite chérie, ainsi mon domaine est préservé ! Tout comme ma tranquillité .»

Ah ça, pour être tranquille, elle l’était ! Mais moi je n’allais l’être qu’une fois arrivée, au chaud, près de sa cheminée.

Après tout, je n’avais pas l’habitude de venir seule. J’étais toujours venue accompagnée dans le passé, et ces dernières années j’avais manqué à mes visites annuelles. C’est peut-être pour cela que je m’étais autant pressée aujourd’hui pour venir. Deux jours auparavant, son médecin m’annonçait qu’elle était partie et je m’en étais horriblement voulu. Je regrettais amèrement de ne pas avoir pu la voir une dernière fois pour la serrer dans mes bras.

Je pensais être arrivée, du moins être sur le bon sentier. Je remarquai que le chemin n’avait pas été déblayé jusqu’au bout, je dus donc laisser la voiture, prendre mon sac sur le dos, ma lampe et marcher la centaine de mètres qui me séparait du domaine. Au bout de quelques minutes, la lumière de ma lampe éclaira une petite maison aux murs rouges et à la toiture grise. Je reconnus le sauna un peu sur la droite, proche de l’embarcadère sur le lac.

Je cherchai la clé dans le pot à l’entrée et l’introduisis dans la serrure. Une fois à l’intérieur, j’appuyai sur le premier interrupteur sur ma droite et un luminaire éclaira l’entrée. La maison était vide. Je n’étais jamais venue dans ce lieu vide. Et j’étais seule. Je sentais juste l’odeur de Marraine, une odeur de vanille et de vacances qui embaumait encore les pièces. J’eus un sentiment étrange, et me demandai quel pouvait être ce parfum dont l’odeur pouvait aussi longtemps imprégner des murs, des objets.

Il était 17h, j’avais roulé neuf heures et je me sentis soudain très fatiguée. Je n’avais aucune nouvelle de maman, mais je lui envoyai un message comme quoi j’étais bien arrivée.

Je décidai de mettre les affaires dans « ma chambre » afin que maman puisse prendre celle de Marraine. J’entrepris alors de faire un tour de la maison. Mon ventre criait famine mais je n’avais aucune envie de manger, le choc, le stress, la fatigue, présumai-je. Je fis le tour de la cuisine, de sa chambre, des chambres des invités, de la salle à manger puis du salon. Je laissai toutes les portes ouvertes pour que cette maison puisse respirer, puisque ce n’était pas un temps à ouvrir les fenêtres.

Dans le salon, je pris une photo sur le buffet : nouveau-née de quelques semaines, j’étais dans ses bras 27 ans plus tôt, le jour de mon baptême. Elle se tenait debout, de profil, avait ses cheveux mi-longs noirs bouclés, un chemisier de satin blanc et des créoles dorées aux oreilles. Une chaîne avec une croix en or descendait sur sa poitrine et moi, j’étais dans ses bras, nous regardions toutes les deux l’objectif. 

Le cadre toujours dans les mains, mes paupières se firent lourdes et je ressentis la fatigue monter dans mon corps d’un seul coup. Je m’allongeai sur le sofa afin de me reposer un peu avant d’aller, pensais-je, me rafraîchir et préparer quelque chose pour le dîner.

Un sommeil profond me happa et je m’endormis quelques minutes … ou quelques heures. Puis soudain le fredonnement d’une chanson me réveilla. Ces paroles si chères à mon enfance, que je reconnus immédiatement, étaient celle de ma berceuse préférée: « Une chanson douce que me chantait ma maman… » A peine entrouvris-je les yeux que je demandai :

« Maman, t’es là ? » et le fredonnement se tut.

Je mis quelques instants à retrouver mes esprits, m’assis sur le sofa et frottai mes yeux quand à ma plus grande surprise la chanson reprit : « En suçant mon pouce, j’écoutais en m’endormant… »

« Mamaaaan !!! C’est bon, je suis réveillée ! Qu’est-ce te prend de me chanter cette chanson ? »

J’eus le silence pour seule réponse .

Je me levai brusquement, prise d’un vertige mais surtout d’une panique qui montait en moi. Je fis tomber sur le sol le cadre photo qui était resté sur mon ventre et demandai de nouveau :

« Maman, t’es là ?! » Pas de réponse.

Je vis alors que la porte de la chambre de Marraine était fermée et que de la lumière filtrait sous la porte. Je frappai alors à la porte avant d’entrer et ce que je vis me glaça le sang.

*******

A la semaine prochaine 😉

Carnets d’une plume

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