Arène, de Négar Djavadi

Pour moi, lire est devenu une nécessité. Et lire des livres en version papier. Les écrans me donnent une sorte de mal à la tête si j’en consomme trop. C’est sympa de se mater une série par temps de pluie ou l’hiver au fin fond de son lit. Mais le livre lui, au-delà de me faire voyager dans d’autres réalités, me fait réfléchir. Et pour moi qui écris un peu, ils me donnent des pistes sur des sujets, des structures, des manières d’aborder des personnages et je pense, ils m’aident à développer mon sens critique. Je voulais devenir journaliste plus jeune, et j’ai toujours cette impression au fond de moi que j’ai loupé un truc pendant mes études que j’essaye peut-être de compenser actuellement.

Les librairies, comme les bibliothèques, sont devenues mon nouvel antre. Puis plus particulièrement depuis une année, je pense qu’elles en ont sauvé plus d’un ! Donc il y a trois semaines, quand je me suis retrouvée dans le sud de la France pour une petite semaine, j’ai fait un passage obligé dans une énorme librairie où j’ai fait le plein. Un peu de tout: des nouvelles, des romans, de la poésie, des livres de poche, des ouvrages fraîchement sortis, en français, en anglais… Je pense que c’était la première fois que j’arrivais à la caisse avec autant de bouquins ! En France, je dois avouer, c’est tellement moins cher qu’en Suisse, qu’il faut s’accorder ce genre de plaisirs au moins une fois par année.

Dans ma sélection j’avais donc Arène, de Négar Djavadi dont c’est le deuxième roman. J’avais dévoré Désorientale, son premier roman il y a quelques temps, et quand j’ai vu la note du libraire « Explosif ! » je n’ai franchement pas hésité.

De quoi cela parle ?

Benjamin Grossman, la trentaine, pense qu’il a réussi dans la vie. Il est l’un des dirigeants de BeCurrent, une des plateformes américaines qui diffusent des séries à des millions d’abonnés. En couple, dans l’attente d’avoir un premier enfant, sa vie est dirigée depuis quelques années par son métier, les nouvelles tendances et son portable. Un soir, lorsqu’il rend visite à sa mère qui est restée vivre dans le petit appartement de l’est parisien où il a grandi, tout bascule : son portable disparaît (traduction : toute sa vie) lors d’un passage rapide dans un bar-tabac de Belleville. Il poursuit alors un adolescent en survêtement qui a le profil « parfait » du coupable. Il le confronte, mais sans résultat. Le lendemain matin, une vidéo fait le buzz sur les réseaux sociaux : ce même adolescent est retrouvé mort sur les quais et son cadavre a été bousculé par une policière. Cette vidéo déclenchera en quelques heures une spirale de violences dans les quartiers Est de Paris que personne ne pourra arrêter et qui mettra en relation de multiples personnages, acteurs ou victimes, de ces évènements.

Pourquoi cette histoire interpelle ?

D’abord parce que c’est une histoire de notre temps. Le scénario est juste implacable. L’auteure qui est également scénariste pourrait faire une mini-série de cette histoire tellement elle nous tient en haleine jusqu’à la dernière page. J’étais dans l’Est de Paris avec elle, tout le long.

Elle y dénonce de nombreux thèmes à travers les histoires de ses personnages : le principal est celui des apparences qui sont (tout le temps) trompeuses. Personne n’est vraiment celui que l’on croit. Et tout le monde peut être n’importe qui derrière les réseaux sociaux. Et n’importe qui, du jour au lendemain, peut obtenir du pouvoir et de l’influence sur des milliers/millions d’inconnus. Effrayant.  

L’auteure met également en lumière la stupidité de notre siècle dans laquelle nous sommes coincés : la rapidité de circulation des informations sans vérification objective de la source, du diffuseur, des faits en eux-mêmes et les conséquences de ces dernières sur ses acteurs et spectateurs. Les histoires peuvent aller tellement loin qu’on ne peut y croire, et pourtant… L’éducation aux médias devrait désormais être une matière obligatoire, et ce, dès le primaire.

Puis, elle nous décrit ce monde des séries en ligne: le nouvel opium du peuple, la nouvelle religion du XXIème siècle. Combien de temps par jour passons-nous devant ces plateformes de streaming ? Que ferions-nous de ce temps-là si elles n’existaient pas ? Nous intéresserions-nous plus à notre voisin ? A la vie locale de notre quartier ? Ferions-nous avancer plus rapidement notre monde vers plus d’humanité ou plus simplement travaillerions nous plus pour réaliser nos rêves personnels ? En bref, serions-nous plus actifs dans la création d’un monde meilleur ou resterions-nous tout aussi passifs, scotcher dans notre lit ou canapé des soirées voire des semaines entières ?

Sujet un peu plus vaste mais que le roman questionne aussi: qui décide du contenu de ces plateformes ? Qui sont-ils et sont-ils légitimes ? Vers quoi nous dirigent-ils ? Le savent-ils vraiment eux-mêmes ? Où comment, doucement mais sûrement, Les GAFA ou autres multinationales (pharmaceutiques, par exemple) prennent le pas sur nos gouvernements… Des dirigeants que nous n’avons pas choisis mais qui se sont choisis eux-mêmes influencent notre quotidien comme aucun gouvernement n’a pu le faire jusqu’à aujourd’hui et se remplissent les poches notamment en contournant les règles fiscales de leurs pays d’origine respectifs… Dois-je en nommer quelques uns ou c’est bon pour vous ? 😉

Et pour conclure, une dernière pour la fin : vous perdez votre portable aujourd’hui, combien de temps survivrez-vous sans ?

Vous l’avez compris, ce roman est à lire et à partager sans modération !

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