Prendre l’air: retrouver sa liberté

J’ai toujours été adepte du voyage. En grandissant, le moindre sou que je gagnais était destiné à un billet de train, un billet d’avion. Bien sûr, cela ne m’empêchait pas de manger à ma faim, mais j’étais du coup loin d’arborer les dernières fringues à la mode. Cela venait d’où ? Probablement d’un enfermement quasi constant dans un appartement pendant mon adolescence, le manque de moyens mais surtout un père qui avait fait le tour du monde, parlait plusieurs langues et avait vécu des choses hors du commun.

Depuis que je vis en Suisse, salaire oblige, j’ai pu faire tout ce que je souhaitais niveau voyages, sans aucune limite. Mon rêve de petite fille s’était réalisé : celui de pouvoir partir où je voulais, quand je voulais, sans avoir à regarder ma tirelire (ou mon compte en banque) juste par envie, pour le plaisir : le grand luxe !

Puis à un moment j’ai dit « Stop ! ». J’avais l’impression d’en faire trop, d’être toujours sur la route, et je n’appréciais plus vraiment. Je trouvais les activités répétitives, même si j’appréciais toujours la compagnie. C’est un peu quand on mange trop de quelque chose sur une courte durée, cela ne vous l’a jamais fait ? Au bout d’un moment cela nous dégoûte et on ne veut plus y re-toucher.

Mais je n’ai pas vraiment eu le temps de mettre en pratique ce que je ressentais, car après… J’ai eu des problèmes de santé qui m’ont alité pendant de nombreuses semaines. Et au fond de mon lit, de nouveau je me promettais qu’une fois guérie, je partirais. Je lâcherais tout, et je partirais faire un tour du monde. Je me sentais tellement prisonnière de mon corps et de mon appartement, qu’il fallait juste que je trouve un objectif pour m’aider à me remettre sur pied, et c’était celui-ci. Je voulais de nouveau voir le plus de choses possible, rencontrer des gens de tous horizons, ou tout simplement ressentir cette adrénaline de mes plus beaux voyages qui me faisait me sentir VIVANTE. La vie était / est simplement trop courte pour rester les fesses scotchées sur son canapé.

Ma carte du monde me veillait au coin de mon lit, et je me faisais l’itinéraire tous les soirs dans ma tête : La Crête et les îles grecques, Israël, la Jordanie (je devais étudier les problèmes de visas d’ailleurs), le Japon, l’Indonésie, l’île Maurice, l’Afrique du Sud, les Canaries et la Norvège. Et je serais forcément passée par la Finlande sur le chemin du retour. Un beau voyage, non ?

C’était le plan, c’était il y a un an.

Mes douleurs physiques se sont arrêtées il y a seulement un mois, j’ai mis donc plus d’un an à m’en débarrasser, donc j’étais loin des deux-trois mois annoncés après mon diagnostic. Et entre temps, comme vous le savez, la pandémie est arrivée et cette fois-ci nous nous sommes tous retrouvés enfermés et nos vies se sont transformées.

Et c’est là que le concept de liberté prend tout son sens. Et c’est là que sortir dehors, respirer, est devenu primordial pour ne pas devenir fou. Et c’est là que l’on remet en question notre environnement, nos activités, nos liens avec les gens qui se trouvent au-delà de nos frontières. Mais où aussi les petites choses prennent une grande importance, comme le temps dehors.

Pour exemple, la semaine passée nous avions à Genève quelques centimètres de neige, un temps grisonnant et des températures en dessous de zéro et pas grand monde dans les rues. Depuis hier, nous avons un grand soleil et le thermostat affichait 15 degrés au milieu de l’après-midi et un monde fou en bord de lac et dans les rues.

Ce qui montre quoi ? Que comme les plantes, ou les autres êtres vivants de cette planète, en plus de l’eau, nous avons besoin de soleil, de luminosité qui accompagne souvent notre humeur et nous donnent envie de voir les autres, de partager. Vous sentez cette énergie aux premiers jours du printemps ? Vous voyez ces sourires sur les visages d’inconnus dans la rue ?…

Quelle bouffée d’air, vous ne trouvez pas ? Lorsque vous vous réunissez avec des amis pour un déjeuner, un dîner (pour ceux qui n’ont pas de couvre-feu) ou une simple balade ? C’est une nouvelle sensation de liberté, dont nous avons pris seulement conscience il y a quelques mois.

Personnellement je ne retournerai plus vivre en grande ville. D’ailleurs plus cela va aller, plus je vais m’en éloigner. Je n’ose imaginer ce que c’est que d’être confiner à Paris, Bordeaux, Lyon ou ailleurs. Car ici, nous n’avons pas besoin de vacances pour partir à la montagne, car à moins d’une heure de voiture on se retrouve sur les premières pistes, en France, comme en Suisse. Nous n’avons pas besoin non plus de vacances pour aller nous baigner l’été, nous avons le lac en plein milieu de la ville et nous en profitons avant, après la sortie du boulot et les week-ends. Nous sommes donc entourés de nature brute et c’est cette dernière qui nous aide à respirer en ce moment plus que jamais.

Mais…. L’avion, le train, mais surtout les proches, commencent lourdement à (me) manquer. Ou tout simplement faire quelque chose de fun. Le rythme maison-boulot perdure et n’est bon pour le moral de personne…Je ne pense pas que le monde d’avant reviendra, plus maintenant, c’est aller trop loin. Nous pourrons de nouveau nous déplacer, nous voir, mais dans d’autres conditions.

J’ai parfois l’impression que nos mondes ont rapetissé. Le domaine des possibles s’est amoindri, que des portes se sont fermées avant même que l’on ait essayé de les ouvrir. Nous sommes dans une période bizarre, sans l’être. Le passé peut rendre triste, le futur peut angoisser, donc le seul moyen de ne plus se sentir enfermé est de vivre au jour le jour. Tout est dans la tête, à ce qu’ils disent, mais tout est aussi dans notre corps.

Ne perdons donc plus une occasion de sortir, prendre l’air, de retrouver simplement notre liberté, pour ne pas perdre en route notre humanité.

6 commentaires sur “Prendre l’air: retrouver sa liberté

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