Adolescence, apparences et harcèlement

« Meuf, maintenant tu devrais juste te la fermer car tu es en minorité. Apparemment y’en a qu’un seul qui soit de ton avis dans cette classe. Il ne peut que te kiffer, et vu ta gueule, ça devrait être le plus beau jour de ta vie. Cela doit être très rare, personne ne voudra jamais de toi, même pas dans une tournante.»

Bienvenue dans ma classe de Seconde en cours d’Education Civique, il y a plus de quinze ans. Eh non, il avait tort, ce n’était pas le plus beau jour de ma vie, mais cela allait être un jour dont je me souviendrai.

classroom-2093744__340Je remets l’insulte dans son contexte : parce que j’avais eu l’impertinence de contrer l’argument d’un élève qui minimisait la banalisation du viol collectif et que mon voisin de classe avait dit haut et fort qu’il était d’accord avec moi, ma peau a eu la faiblesse de rougir à ce moment-là…

L’insulte que je venais de me prendre n’était pas du tout justifiée, me parler de mon physique alors qu’on parlait de ce qui se passait à deux pas du lycée ? Mais tout ce que je retenais et qui me paralysait n’était pas le fait que j’avais pu prendre la parole en public ou encore la richesse de la divergence d’opinions sur le viol collectif, non tout ce que j’avais retenu c’était le « vu ta gueule ».

L’apparence à l’adolescence

Chers lecteurs, chères lectrices, je ne sais pas si vous vous souvenez de vos 15 ans, mais pour moi c’était loin de ressembler à toutes ces séries américaines montrant des adolescents parfaits. Ces jeunes filles élancées, au teint allergique à l’acné, taille mannequin, avec les dernières fringues à la mode et se demandant quel mec choisir pour le bal de promo. Qu’on se le dise bien, c’est comme les animaux qui parlent dans Disney, cela n’existe pas. Ou du moins cela n’existait pas dans ma vie.

Passant outre les détails de mon physique d’alors, et dans un monde où les réseaux social-1206612__340sociaux en plus n’existaient pas, je me demandais à qui mon physique pouvait poser autant problème ? Et bien à d’autres personnes que moi-même apparemment.

Je maudissais donc bien sûr mes parents, mais à part la génétique, ils n’étaient pas responsables des cons de ma classe qui m’insultaient sur mon apparence. Et que pouvais-je faire contre mon physique?

De la première insulte au harcèlement quotidien

Le harcèlement survient de différentes manières et pour des raisons différentes. Il n’est jamais justifié mais il intervient pour un nombre incalculable de raisons : notre physique, notre apparence, notre sexe, notre intelligence, notre orientation sexuelle… Et cela nous touche tous au moins une fois dans notre vie. Quand l’on se fait attaquer par une personne une fois, si l’on ne riposte pas dès la première fois, ces insultes peuvent alors devenir quotidiennes et se transformer en harcèlement. Les humiliations constantes atteignent la (pauvre) estime de soi que l’on a durant ce jeune âge et la honte nous ronge car on pense que ce que l’on nous dit est la vérité. S’attaquer à quelqu’un d’autre est souvent le reflet du mal-être de celui qui attaque, d’un besoin de puissance, de reconnaissance… Mais cette psychologie-là ne nous est d’aucune aide à ce moment-là. Les adultes ne sont pas forcément là pour le voir, le comprendre et surtout pour réagir. Etre victime d’harcèlement veut souvent dire aussi être victime de son propre silence.

Le silence est-il d’or ?

Revenant à ma situation de l’époque, je me souviens m’être dit que les parents du mec qui venaient de m’insulter ne lui avaient pas fait de cadeau non plus. Alors pourquoi tant de haine ? On était tous, ou presque, à la même enseigne. Ayant essuyée des insultes par le passé du même type mais pas devant une classe de 30 élèves et un prof, j’hésitais à répondre.

J’ai laissé passer les quelques rires, puis rougissant un bon coup, je me suis retournée et je lui ai répliqué : « Et toi enculé, t’as vu ta gueule, tu crois que t’es un cadeau pour nos yeux tous les jours ? Je te retourne le compliment, si les tournantes de nana existaient tu serais juste le dernier mec qu’une nana aimerait inclure dans ce rituel sordide! »

Les rires se sont alors transformés en sifflements. L’insultant était devenu l’insulté.

Il s’est alors levé, humilié à son tour, pour venir me taper dessus, je supposais. J’ai juste eu le temps d’avoir un mouvement de recul sur ma chaise et lui de se faire emporter en arrière par plus fort que lui, un autre élève proche des deux mètres, avant qu’il ne se passe quoi que ce soit. Les insultes se sont-elles pour autant arrêtées par la suite ? Pas complètement, mais mon attitude avait changé et mon estime de moi-même avec, et c’était le principal.

Etre kiffante à 15 ans ? Cela ne veut rien dire. La beauté est subjective et les adolescents smartphone-1254108__340attardés. Les femmes sont en majorité victimes d’harcèlement à cause de leur apparence. Si j’ai cru pendant longtemps que ce qu’on me disait était la vérité c’est parce que l’on ne m’avait jamais dit le contraire…et que je n’arrivais pas à me convaincre du contraire en me regardant dans une glace.

Qu’elle soit physique ou avec les mots, l’affirmation de soi commence réellement à l’adolescence, ce passage ingrat à l’âge adulte, ainsi que le choix de riposter ou de rester en statut de victime.

Ce qui m’alerte aujourd’hui c’est que le culte de l’apparence est exacerbé pas les réseaux sociaux et que le harcèlement scolaire est de plus en plus virulent. Comment stopper ce mal qui peut commencer si tôt dans nos vies? Education? Réseaux sociaux? Ou tout simplement apprendre dès notre plus jeune âge l’importance et le respect de soi et de l’autre au delà des apparences?

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