Le pouvoir du mot Cancer

Cette année, quelques jours après mon anniversaire, un après-midi au travail (c’était un mardi), j’ai reçu un appel de l’assistante de ma gynécologue. Elle me laissa un message sur mon natel me demandant de la rappeler rapidement. Travaillant en open space, je pris alors mon téléphone et sortis du bâtiment pour pouvoir parler en toute intimité.

Après quelques sonneries et une fois les présentations faites (elle était nouvelle), elle m’indiqua qu’il y avait besoin de faire des examens complémentaires suite à mon dernier frottis. Surprise car cela faisait bien trois semaines que je l’avais fait, je ne compris pas pourquoi je devais revenir au cabinet faire de nouveaux examens.

Jusqu’à maintenant, si la doctoresse trouvait quelque chose de particulier, elle m’envoyait simplement une ordonnance avec un traitement à faire. Elle me dit alors que d’autres examens entre-temps avaient été établis pour confirmer un début de diagnostic et que maintenant il fallait faire une biopsie. Au téléphone je ne comprenais pas, ou je ne voulus pas comprendre, et elle me dit alors un peu impatiente:

« Vous savez pourquoi vous faites cet examen, non ? C’est pour détecter le cancer du col de l’utérus ! ».

A l’entendre, c’était une chose tout à fait normale, sans conséquences et j’en suis restée sans voix. Je fixai alors un rendez-vous le plus rapidement possible (qui était trois semaines après car ma gynécologue partait en vacances !), et raccrochai.

J’étais à ce moment-là assise, dehors, sur un muret en face du bâtiment de mon entreprise. Je suis restée immobile pendant un certain temps (secondes ? minutes ? je ne sais plus) avec juste des larmes silencieuses qui commençaient à couler sur mes joues.

Cancer ? Moi ? A 34 ans ? Moi qui demandais encore à ma gynécologue quelques semaines auparavant combien de temps j’avais pour penser à avoir un enfant. Moi, optimiste, qui pensais à un avenir sans nuages et surtout sans maladie.

Cet après-midi-là je fus happée dans un autre monde, une autre dimension. Après quelques minutes passées dehors à marcher et à essayer de reprendre une respiration normale, je suis remontée à ma place et j’ai texté quelques amies pour savoir si quelqu’un dans leur entourage avait eu ce type de cancer. Sans succès.

Impossible de me reconcentrer pour le reste de l’après-midi et une fois sortis plus tôt des bureaux, j’appelai les deux seules personnes avec qui je pouvais parler sans filtres et si besoin, pleurer au téléphone : ma belle mère et ma meilleure amie.

A l’époque je venais d’avoir le Covid et ne me sentait clairement pas en forme. Cela faisait des semaines que je sentais qu’il y avait quelque chose qui clochait dans mon corps : douleurs dans le ventre, insomnies quotidiennes, vomissements de temps à autres. Cet appel accentua ma peur et me fit chercher quelques explications préalables sur internet, le rendez-vous ayant été fixé, dans, ce qui me semblait être une éternité.

Un cancer qu’est-ce que c’est ? C’est une maladie où des cellules anormales se divisent de façon incontrôlable et détruisent les tissus du corps. On en guérit de certains, on en meurt rapidement d’autres.

Santé publique France annonçait sur son site que les signes précurseurs du cancer étaient : perte de poids inexpliquée, fatigue, sueurs nocturnes, perte d’appétit, douleur nouvelle et prolongée, nausées ou vomissements récurrents, sang dans les urines, sang dans les selles… Le combo gagnant de ce que j’avais depuis fin février.

Trois semaines passèrent et je pu enfin discuter avec ma gynécologue. Elle m’expliqua que l’examen que j’allais faire était un examen de routine que ce n’était sûrement rien, mais qu’il fallait le faire quand même. Au moment de l’auscultation elle constata ne pas pouvoir faire l’examen dû à différentes inflammations qui fausseraient les résultats, la biopsie fut donc reportée ainsi que mon diagnostic.

En effet, les semaines qui suivirent, malgré différents traitements je n’arrivais pas à guérir. Un à un mes organes s’enflammèrent et mon médecin traitant pris le relais quand du sang commença à apparaître dans mes selles régulièrement. Je n’étais pas dans ma meilleure forme comme vous pouvez l’imaginer et on dut m’arrêter pour que je puisse reprendre des forces car mon corps me lâcha complètement.

Ne pas savoir est ce qu’il y a de pire. Une fois le diagnostic posé, on peut savoir alors dans quelle direction partir et commencer à combattre ce que l’on a dans le corps. Sans cela, on est dans le flou, dans l’attente et dans la peur.

Début juin, suite à différents examens et différents tests pour apaiser mes douleurs, mon médecin traitant m’annonça par téléphone que j’étais sûrement en train de faire un Covid long. Ce qui signifiait que mon système immunitaire avait été tellement bas, qu’il n’arrivait pas à vaincre ce que j’avais dans le corps et que cela avait sûrement réveillé des cellules qui « dormaient » jusqu’alors.

Fin juin, enfin, je pu faire ma biopsie qui ne fut pas une partie de plaisir, mesdames, comme vous vous en doutez. La biopsie consiste à prélever un échantillon de tissu ou de tumeur afin de l’examiner au microscope. Quelques jours après j’eus les résultats et une bonne nouvelle : que j’étais en stade 1, que cela allait sûrement disparaître tout seul, mais qu’il fallait surveiller tous les six mois et surtout mettre en place une bonne hygiène de vie.

Je fus soulagée et pris conscience de tout ce que j’avais vécu ces derniers mois: un seul mot m’avait fait basculer dans la peur, l’angoisse et la mort, celui de cancer. Le cancer est partout: les femmes, les hommes, les jeunes, les moins jeunes … Mais on n’en mesure pas réellement l’importance tant qu’il n’est pas utilisé à notre égard ou à l’égard d’un proche.

Pour je ne sais quelle raison, nous pensons que nous sommes des êtres immortels. Que nous avons le temps de faire plein de choses, que notre vie n’est pas limitée et qu’elle ne possède pas de fin. Dans ma tête je ne me sens pas comme une femme de 34 ans, mais mon corps et mon visage me le rappellent quand je les regarde dans le miroir de temps à autre.

Les questions que je me suis posées pendant cette période d’attente m’ont mis face à une possibilité d’avenir dont je n’avais pas vraiment conscience auparavant :

« Si je suis malade, qui va prendre soin de moi ? »

« Si je suis malade, vais-je pouvoir guérir ? »

« Si je suis malade et que j’arrive à guérir, pourrais-je envisager d’avoir des enfants après ? »

« Si je suis malade, comment vais-je pouvoir payer les soins ? »

« Si je suis malade, vais-je pouvoir aller travailler, garder mon emploi ? »

« Si je suis malade, vais-je pouvoir assurer mon loyer et rester dans mon chez moi ? »

Etc…

Un seul mot et on se sent soudain plus seul.e que l’on ne l’a jamais été et avec des perspectives d’avenir complètement redessinées dans notre esprit.

Cependant, depuis le mois de juillet et depuis que j’ai retrouvé de véritables forces et de l’énergie, je cherche au quotidien à faire des choses qui me font me sentir vivante et à passer du temps avec ceux que j’aime. Car notre temps est compté sur cette Terre et même s’il faut bien mourir un jour de quelque chose, j’aimerai alors me rappeler que j’ai fait mon maximum pour en profiter.

Et si j’ai un conseil à donner aujourd’hui, chers lecteurs, chères lectrices, c’est de ne pas avoir peur d’aller se faire dépister régulièrement. Le plus tôt l’on détecte une anomalie, le mieux c’est.

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