Nature humaine, de Serge Joncour

Je ne suis pas une grande acheteuse, ou une serial shoppeuse, mais il y a deux choses que je peux acheter compulsivement et sans avoir un seul regard sur le prix : les livres et la lingerie. Ayant une absence momentanée d’homme(s) dans ma vie, ce sont donc les livres qui ont commencé à s’empiler gentiment sur les étagères de ma bibliothèque dernièrement plutôt que des soutien gorges et autre culottes dans mes tiroirs.

J’ai toujours ma carte de bibliothèque, mais je ne peux m’empêcher de passer une fois par semaine soit au petit marché en centre-ville où tous les mardis et vendredis on y trouve des livres d’occasion, soit de flâner dans les rayons de Payot et toujours repartir avec un (plusieurs) bouquin(s) sous le bras. Je pense ne pas devoir consulter pour ce trouble que les livres provoquent en moi, mais sait-on jamais dans un quelconque avenir?!

Parmi les livres achetés dernièrement, il y a eu Nature Humaine, de Serge Joncour. Une fois n’est pas coutume, ce libre n’a absolument rien à voir avec ce que je lis d’habitude, et pourtant, je l’ai dévoré en un rien de temps. Une véritable claque!

De quoi cela parle ?

D’Alexandre, un agriculteur au fin fond du Lot, qui lors de la tempête de décembre 1999 repense à comment il en est arrivé là. De 1976 à l’aube de l’an 2000, Alexandre va revivre son parcours en tant que paysan/agriculteur/fermier, mais aussi celui de ses trois sœurs, ses parents et grands-parents. Ses souvenirs seront accompagnés des changements que la France va connaître auxquels il va devoir s’adapter, essayer de les déjouer pour pouvoir faire survivre le domaine familial. Alexandre nous emmène dans le monde d’avant qui a dû faire face petit à petit à la modernité de notre monde actuel, où il est accompagné au fil des années par un amour distant qui ne cesse de voyager et qui essaye tant bien que mal de rattraper les erreurs commises par nos gouvernements occidentaux.

Pourquoi cette histoire interpelle ?

Cette histoire nous invite à faire un « meilleur usage du monde », littéralement. A la fois écologique, politique et historique, ce roman nous amène à nous interroger sur le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. Cela va de la manière dont nous consommons, nous nous nourrissons à la manière de nous déplacer, ou encore à notre recherche constante de rentabilité et de productivité au détriment du rythme réel de la nature, de notre propre rythme en tant qu’être humain.

Il nous amène également à comprendre les conséquences de notre mondialisation, où comme par exemple, la guerre en Ukraine commence à provoquer des famines en Afrique, car l’Afrique importe tout son blé de l’Occident et que la Russie et l’Ukraine sont les réserves mondiales de cette céréale qui permet entre autres de faire du pain. Car soyons honnêtes, les quelques centimes que le prix du pain a pris depuis le début du conflit dans nos contrées occidentales, sont de l’ordre de plusieurs dollars ailleurs. Ce qui pour nous, à notre échelle, ne nous empêche pourtant pas d’acheter du pain, mais qui à l’échelle de millions d’autres êtres humains, empêche tout simplement de se nourrir. C’est fou quand on y pense, non ? Et en Afrique, n’ont-ils pas assez de problèmes comme cela que nous, occidentaux, amplifions avec une guerre sur nos territoires ?

Ensuite qu’en plus de la désertification des campagnes pour les villes, l’auteur nous dresse toutes les facettes et l’évolution du métier d’agriculteur. Ils sont désormais des ingénieurs de leurs terres, des nutritionnistes voire des chimistes pour leurs bêtes, des comptables et autres métiers administratifs pour convenir aux normes/recevoir des aides imposées par la France d’abord puis l’Europe… Qu’ils dépendent tous des supermarchés achetant leurs produits à prix dérisoires pour se faire eux une énorme marge dont seuls les PDG de ces grandes marques bénéficieront. Plus encore aujourd’hui, que ces mêmes prix dépendent des fluctuations du prix du pétrole, de l’eau, des céréales sur lesquels quelques traders de l’autre côté de la planète spéculent pour obtenir la meilleure commission possible et en même temps, créent un appauvrissement certain de milliers, de millions de gens. Cela s’appelle l’effet papillon et c’est le monde que nous avons malheureusement construit jusqu’à aujourd’hui à coup de décrets, de lois, de libéralisation de marchés. Nous vivons quand même dans un monde où quelques malins ont mis un prix sur l’eau, prix qui peut être spéculé (avec ou sans raison/crise), ce qui équivaut à spéculer sur la vie de millions d’êtres humains en deux, trois clics. Avidité incroyable, non?

Mais dans ce roman il n’y a pas que de l’écologie de la politique et de l’Histoire.  On y parle aussi des liens familiaux, où comment dans une fratrie de quatre, les trois sœurs ont toutes décidé de partir s’installer en ville et ont laissé Alexandre seul face à la responsabilité du domaine transmis de génération en génération.

Enfin, on y parle également d’amour, où comment au début de la vingtaine, Alexandre tombe amoureux d’une certaine allemande, qui ne tient pas en place et qui croit dur comme fer qu’elle pourra révolutionner le monde, en France, en Allemagne puis en Inde.

Ce livre fût une véritable surprise et je vous invite à le lire, voire à le dévorer comme je l’ai fait. Il m’a permis de prendre conscience de beaucoup de choses, et entre autres d’être plus vigilante à la provenance de la nourriture que j’achète où de la manière dans laquelle elle a été élaborée. Si une meilleure santé et une meilleure éthique nécessitent de se documenter et de payer un peu plus, je le ferai donc les yeux fermés.

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