Les pirouettes du temps (2/2)

Chères lectrices, chers lecteurs,

Voici la suite et fin de ma nouvelle les pirouettes du temps! N’hésitez pas à m’écrire, me dire ce que vous en pensez! La semaine prochaine, un nouvel article, j’hésite encore entre deux thématiques, qui sont disons, actuelles!

Passez un bon week-end! 🙂

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Puis un jour, Marie me prit avec elle et nous partîmes dans un endroit plus chaud, plus lumineux mais aussi plus petit. Dans une chambre aux grandes fenêtres au milieu de d’autres chambres où il y avait tout : un lit, un bureau, un lavabo, un frigo, des plaques pour cuisiner… Avec le temps elle avait ramené une télé puis s’était achetée un ordinateur. J’étais toujours sur sa table de nuit à veiller sur elle. Enfin cette fois-ci c’était plus une petite planche de bois qui avait été clouée au mur, qu’une table de nuit. C’était une période où je fus beaucoup seule, mais je n’étais pas malheureuse pour autant. Marie ne venait que pour dormir, grignoter et réciter à voix haute des mots que je ne connaissais pas. J’appris lors de conversations téléphoniques qu’elle apprenait l’anglais et l’espagnol, donc il était normal que je ne comprenne pas les mots qu’elle récitait.

Marie maigrissait à vue d’œil. Elle n’avait jamais grand-chose dans son frigo mais elle avait reprit la danse. Bon, ce n’était plus la danse classique comme les premières années, mais c’était de la danse quand même. Les mardis et jeudis soir elle ne faisait qu’une brève apparition dans la chambre pour se changer, se mettre un fuseau noir, un débardeur moulant, se coiffait d’une queue de cheval et partait avec la musique dans les oreilles. Ce furent des années heureuses pour elle et pour moi aussi. Elle avait un ami régulier, n’écoutait plus ce métal qui m’assourdissait les oreilles, avait enlever les clous de son visage et je la voyais plus rire que pleurer.

Puis un jour, c’était un dimanche après-midi elle me prit dans ses mains et me fit tourner. La musique avait eu du mal à démarrer, pensez-bien, après tant d’années de silence, je ne pouvais pas être fraîche du premier coup ! Je dois avouer que pour moi-même les courbatures se firent sentir après cette première séance de chauffe. Après cette grande première et après plus de 15 ans de vie commune, elle me fit jouer tous les dimanches après-midi. Une ou deux fois je la surpris à essayer de m’imiter, et je souris. Ma petite Marie revenait enfin à ses premières amours.

Puis du jour au lendemain, sans que je ne m’y attende, on m’enferma de nouveau dans une boite. Mais cette fois-ci ce ne fût pas pour seulement quelques jours, ce fût pour une année entière ! Je me retrouvai au milieu de sa peluche, son doudou, au-dessus de quelques livres dans un carton qui, avec le temps, commença à sentir le moisi. Les heures les plus noires de ma vie. Les jours étaient comme les nuits, je ne faisais aucune différence. J’étais dans une obscurité permanente, sans un bruit, sans lumière et surtout sans aucune vie autour de moi. Cette année me sembla être l’éternité et je crus que pour moi c’était la fin, qu’elle m’avait oublié, mais n’avait pas eu le courage de me le dire, de me jeter, elle m’avait juste mise de côté.

Je dis une année, mais c’était peut-être plus, car quand je revis le jour, Marie avait changé : elle portait désormais des lunettes, avait coloré ses cheveux qu’elle avait coupé à la garconne et avait repris un peu de poids, mais juste comme il fallait.

Ma nouvelle place était désormais dans une grande pièce ensoleillée où derrière moi se dressait des livres alignés à l’infini et ou au-dessus de moi je supposais avoir des plantes. Je voyais régulièrement Marie venir avec un arrosoir pour les nourrir et même leurs parler. J’étais un peu jalouse, car moi elle ne m’avait jamais parlé. Une fois par semaine elle m’aspergeait d’un produit qui puait et m’essuyait soigneusement avec un chiffon. Il était loin le temps de son souffle sur mon cou pour enlever la poussière irrégulière ou son doigt sur ma boite pour nettoyer ce qui devait être nettoyé.

Marie était devenu une adulte, régulière dans son ménage, régulière dans son emploi du temps et passait beaucoup de temps à écrire. Elle recevait souvent des amis les vendredis et les samedis soir. Au bout d’un moment un certain Paul s’installa avec elle et essaya de se débarrasser de moi, disant que je ne faisais que prendre la poussière. Mais Marie me défendit, ne céda en rien à Paul et je pu rester et jouer de temps en temps sur cette étagère jusqu’à l’évènement.

L’évènement fut bref et intense. Un accident bête, inattendu, comme tout accident bête. Je ne me suis rendue compte de presque rien et je n’ai pas souffert car cela se passa très vite.

Au bout d’un an, Marie et Paul eurent l’idée de prendre un chat, chose très commune dans un couple qui n’a pas encore d’enfant. Ce qu’ils n’avaient en revanche pas anticipé c’est que le prénommé Léo, aimait monter, sauter, mâchouiller et jouer avec tout et n’importe quoi. Souvent il sautait sur l’étagère au-dessus de moi pour mâchouiller les feuilles des plantes, souvent il renversait les verres oubliés sur la table pour boire l’eau qui restait.

Puis, un dimanche après-midi, Marie me prit dans ses mains, me fit jouer et tourner sur la table basse du salon, pour des petites filles, les filles d’une amie de Marie. Elle me fit jouer tellement longtemps qu’ils quittèrent tous le salon pour partir dans le jardin et je me suis retrouvée seule avec Léo, impuissante et étant dans l’impossibilité de m’arrêter.

Léo, je suppose, fût pris de curiosité pour moi et monta sur la table. Sa patte sur moi fût d’abord douce et prévenante, un peu comme s’il voulait me caresser pour se faire ensuite plus violente au point de me balancer sur le sol. Sur le sol, la tête la première. La musique s’arrêta, le bruit de mon tutu, de mes jambes et de ma boite qui se cassèrent en milles morceaux fût suivi d’un cri réprimandant le « Léo en question » mais c’était trop tard. Ce fût fini pour moi.

Marie ramassa alors mes morceaux doucement, me mit de côté et j’entendis juste Paul lui dire pour la réconforter : « Ce n’est rien ma Chérie je t’en achèterai une autre. Elle était trop veille de toute façon ».

Et pour une fois je donnai raison à Paul : la vieillesse est souvent précédée à la mort et les veilles sont aussi souvent remplacées par de plus jeunes.

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3 commentaires sur “Les pirouettes du temps (2/2)

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