Smic genevois à CHF 4’100? A voter.

Aujourd’hui, dans le canton de Genève, nous avons la possibilité de voter pour ou contre la création d’un salaire minimum à CHF 4’100 (EUR 3’794.55) soit CHF 23 (EUR 21,28) de l’heure soit pour une semaine de travail d’en moyenne 42 heures. Cela fait rêver non ? Enfin, oui et non.

La Suisse, comme vous vous doutez est un monde à part. Etat fédéral, ses cantons ont chacun des législations différentes et se comportent comme de petits états à part entière. Pour exemple, cette votation ce week-end, ne concerne que le canton de Genève (environ 500’000 habitants) et a été déjà mis sur la table et refusée en 2011 au niveau fédéral et en 2014 au niveau cantonal. Donc pour faire passer une loi au niveau national, il faut clairement se lever de bonne heure, car la Confédération possède 26 cantons pour une population de 8.5 millions d’habitants !

Ensuite, ce chiffre de CHF 4’100 est très révélateur du niveau de vie suisse/genevois. Il faut savoir que n’ayant pas de salaire minimum d’instauré, il n’y a pas de grilles salariales nettes et donc cela ne dépend que de nous de négocier notre salaire au moment d’un entretien d’embauche. Il convient donc de se renseigner à l’avance, pour ne pas avoir de mauvaises surprises comme cela a été mon cas en arrivant ici.

En effet, quand j’ai fait mon premier entretien d’embauche avec mon profil hôtelier il y a de ça 7 ans maintenant, mes futurs employeurs me doublaient plus que mon salaire parisien à poste égal. Donc forcément, ils se savaient gagnants quand ils m’ont demandé mes prétentions salariales qui étaient alors « françaises ». Qui hésiterait alors à prendre un poste où vous avez un haut le cœur quand on vous annonce ces chiffres qui sont inatteignables en France à poste égal ? Personne je pense. Mais c’est plus tard que j’ai compris que j’étais bien en deçà du salaire minimum que le canton de Genève propose aujourd’hui.

Suisse ou pas Suisse, l’hôtellerie est un secteur d’activité où les salaires sont les plus bas. Car ce que je n’avais pas fait à l’époque c’était le calcul du coût de la vie : loyer, assurances, téléphone, nourriture… Et bien pour faire simple, vu qu’on m’avait doublé mon salaire, alors le coût de la vie était doublé aussi.

Je ne pouvais pas me permettre de vivre seule dans un premier temps. La moindre chambre à louer était de l’ordre de CHF 900 – CHF 1’000, ce qui était le même tarif pour être en colocation (et certaines colocations réclamaient jusqu’à CHF 1’700 par mois !). Puis j’ai découvert que l’assurance santé n’était pas gratuite ! Et qu’en plus d’une assurance privée obligatoire que je devais payer de l’ordre de CHF 300 par mois (et qui augmente chaque année), il fallait que j’avance les premiers frais (franchise) de CHF 2’500 pour toute consultation médicale ou achat de médicament sur un an ! Puis que mes 4 tranches de jambon étaient passées à CHF 6 en moyenne, que mon téléphone portable avec internet illimité me coûtait CHF 60 jusqu’à l’âge de 26 ans révolu etc…

Mais, comme toujours, il s’agit de savoir gérer ses dépenses, se renseigner et de se focaliser sur ce que l’on souhaite faire dans la vie sans se retrouver dans le rouge. Il y a des moyens, toujours. Et je n’ai jamais vécu aussi bien que depuis que je suis en Suisse !

En 7 ans (je viens de faire le calcul), j’ai quasi doublé le salaire que l’on m’avait proposé à l’époque grâce aux opportunités et mon changement de secteur d’activité. Les Suisses augmentent leurs salariés, si ce n’est pas tous les ans, ils le font régulièrement. Demander une augmentation est monnaie courante et n’ayant pas de grilles de salaires, c’est à nous de nous renseigner, de nous vendre et de demander ce que nous souhaitons vraiment, c’est l’usage, un peu à la sauce américaine! Il y a aussi un site que j’utilise pour savoir ce à quoi l’on peut avoir droit en fonction de son âge, sa formation, ses années d’expériences dans le secteur d’activité choisi et le canton dans lequel on vit (https://www.ge.ch/calculateur-salaire-ligne).

De plus, même si le calcul des impôts diffère d’un canton à un autre, on peut les diminuer en déclarant (preuves à l’appui) toutes sortes de frais : le coût des transports utilisés pour aller au travail, les frais médicaux, l’épargne privée pour sa retraite personnelle etc. Mais les impôts représentent à peu près 15-20% des revenus si l’on est célibataire comme moi !

Enfin, le taux de chômage est bas, en 2019 il était autour des 2%, un chiffre qui fait aussi rêver, non ? Et pour avoir eu des amis au chômage, le suivi est strict : rendez-vous réguliers avec le conseiller, si refus d’entretien d’embauche ou absence aux rendez-vous, les indemnités sont baissées etc. Clairement, ils ne sont pas restés au chômage longtemps.

Ce système n’est donc pas comparable avec celui de la France. Mais réfléchissons un peu, si un salaire minimum est instauré, c’est toute une grille de salaires et d’aides sociales à créer, est-ce que les gens seront poussés alors à aller travailler ? L’instauration d’un salaire minimum incitera-t-elle les entreprises à embaucher ? Les taux d’imposition évolueront ils en conséquence ?

Et d’un autre côté, les employés les moins bien payés sont encore et toujours les femmes (deux tiers de ces derniers) et le COVID-19 a mis cela encore plus en évidence comme partout dans le monde. Ma fibre féministe est donc touchée car à la base nous sommes déjà payées en moyenne 10 à 20% de moins que les hommes! Donc pas trop de surprise que se soient les femmes qui touchent les plus petits salaires. Cette pauvreté « cachée » a été mise en lumière notamment avec les appels aux dons et les queues aux banques alimentaires toujours plus grandes au printemps dernier et encore aujourd’hui. Un salaire minimum permettrait aux salariés d’être protégés, et ne pas être exploités comme on peut l’être dans certaines entreprises. La Suisse est un pays riche, mais les travailleurs pauvres existent, ainsi que des logements insalubres, le travail non déclaré, les sans-papiers etc. Est-ce que l’instauration de ce SMIC pourrait contribuer à faire diminuer cette précarité ?

Ah si seulement j’avais été un homme, ce genre de sujet ne me ferait peut-être pas monter autant dans mes tours! Mais demain, nous saurons ce que les genevois auront décidé aujourd’hui…

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