La lettre: quand les écrits restent

Une lettre. Vous rappelez vous de la dernière lettre que vous avez écrite qui n’était pas destinée à une administration ou une entreprise quelconque, mais à un ami, un parent, un amant ? Vous rappelez vous de ce moment précieux où vous étiez seul avec votre stylo et cette page blanche avec pour seule pensée, la personne à laquelle cette lettre était destinée ? L’avez-vous terminé, envoyé ou même brûlé ? Vous rappelez vous de cette concentration que vous aviez face à ces lignes à remplir ?

Moi, je me rappelle. Je me rappelle avoir fait des ratures et avoir recommencé une demi-douzaine de fois, car mes pensées n’étaient pas si claires. Je me rappelle pourquoi j’avais écrit cette lettre, et toutes les raisons pour lesquelles j’aimais cette personne à qui je la destinais. Je me rappelle avoir hésité à la lui remettre, car je savais qu’une fois en sa possession, cette lettre il pourrait la lire et la relire un nombre incalculable de fois. Ou bien au choix, la jeter à la poubelle et par conséquent me jeter moi aussi. Je me rappelle le poids des mots, de la valeur que ces derniers prenaient une fois posés sur le papier.

Des lettres, j’en ai écrit et par centaines. A des amis, à la famille, aux coups de cœur du moment. Quasiment toutes envoyées, les autres scellées dans une enveloppe et qui ne partiront probablement jamais.

Pourquoi écriv(i)ons-nous ? Pour laisser une trace ? Peut-être. Mais sûrement pour exprimer nos pensées, nos sentiments, nos doutes, nos croyances qui peuvent devenir si compliqués à exprimer avec simplement notre voix. Peut-être aussi parce que nous sommes seul(e)s. A ce propos, dernièrement, je me suis posée la question : est-ce que j’écris parce que je suis seule ou si c’est parce que je suis seule que j’écris. Je n’ai pas trouvé de réponse… Comment cela fonctionne pour vous ? Car fille unique, de parents divorcés, il n’y avait pas grand monde autour de moi et j’écris depuis que je suis toute petite.

En effet, un jour ma mère a eu l’idée de m’acheter un journal intime, soit un carnet avec un cadenas et une petite clé et c’est là que j’ai commencé à écrire. Je ne me rappelle pas l’entendre me dire ce que j’étais censée faire avec, mais à partir de ce moment-là, j’ai écrit quasiment tous les jours jusqu’à l’âge de mes 22 ans. 11 à 12 ans d’écriture quasi quotidienne qui se sont arrêtées nettes lors d’un des premiers grands virages de ma vie, le décès de mon père. A l’époque, je m’étais dit : « A quoi bon écrire ? il y a des choses dont je ne veux définitivement pas me souvenir ».

On dit qu’écrire est thérapeutique. Qu’on fasse lire ou que l’on garde ses écrits, écrire permet d’extérioriser quelque chose que l’on a au fond de soi. Dans un certain sens cela soulage, sans vraiment savoir pourquoi. Ecrire aux autres est un moyen de maintenir un lien. Vous me direz que nous écrivons tous, tous les jours avec nos téléphones ou nos ordinateurs que cela soit des emails ou des messages. Soit. Mais, ne trouvez-vous pas que ces emails et ces messages manquent de saveur ? d’authenticité ? de personnalisation ? d’odeur ? ou même encore de caractère ? Que derrière nos écrans, nous faisons toujours autre chose en même temps : nous regardons un autre écran, nous écoutons de la musique ou avons une conversation avec un ami, un collègue. Bref, nous ne sommes jamais 100% concentrés derrière ce que nous écrivons. Ecrire une lettre en revanche, c’est penser à l’autre entièrement. C’est lui consacrer du temps, denrée qui est devenue si rare de nos jours. On a comme dévalué la notion de temps et de qualité au profit de l’instantanéité et de l’écrit bâclé.

A faire et défaire mes cartons depuis maintenant un mois, j’ai retrouvé au fond de mes placards des boites pleines de lettres, de mots, de début d’histoires inachevées. Forcément, je me suis mise à les lire pour certaines et alors tout un tas de souvenirs ont resurgi.

Des lettres reçues de mes amies au collège, aux petits mots glissés sous ma porte étudiante pour l’organisation du repas dominical ou d’une proposition de petit boulot pour boucler mes fins de mois. Des lettres écrites de mon père quand je venais juste d’apprendre à lire ou de ma grand-mère qui me racontait comment se passait son quotidien et me posait mille et une questions sur mon école, mes amis, mes activités…. Du petit mot laissé lors de mon premier réveil en Australie ou encore des mots rédigés à chacun de mes départs pour de nouvelles aventures…Des trésors de vies.

Et dans dix ans, quels seront donc nos trésors ?

Car cela fait à peu près 10 ans que nos smartphones ont révolutionné nos vies et notre manière de communiquer. Nos écrits, comme nos photos sont enfermés dans des écrans. Des écrans qui ne sont pas indestructibles et qui peuvent connaître des bugs même si nous avons tous tendance à télécharger nos vies sur le « cloud ». Comme ma belle mère s’amuse à me dire : « J’enregistre tes photos dans les « nuages », en espérant qu’elles ne s’y perdront pas ». Je l’espère également, mais comme nous ne les voyons, ni ne les touchons pas, nous les oublions.

Aurons-nous une trace dans 10 ans de ce que nous nous racontons actuellement ? Aurons-nous des souvenirs de ce qui a pu se dire, se vivre, s’aimer ou bien même se détester ? J’ai bien peur que non. Alors si vous avez l’occasion écrivez cette lettre. Prenez un stylo et un papier et écrivez que vous pensez à elle ou à lui. Ecrivez à votre famille quand vous partez en vacances, pour les anniversaires, les mariages, les naissances. Ecrivez ce que vous avez simplement sur le cœur à ce moment-là. Croyez-moi ces mots qu’ils soient nombreux ou pas auront énormément de valeur aux yeux de la personne qui les recevra.

Un commentaire sur “La lettre: quand les écrits restent

  1. Très juste ton article, quand on part en vacances, on envoie toujours des cartes postales à la famille proche, même si ce n’est que quelques mots, ça leur fait toujours plaisir de lire ces lignes et de les faire voyager.

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