La Z.E.P (ou R.E.P)

« Tu vis dans un quartier qui craint, non ? ».  J’ai regardé ce petit consultant de 25 ans et je lui ai demandé s’il plaisantait, car les termes « craindre » et « quartier » ne pouvaient pas s’associer avec Genève. Je n’ai presque jamais vécu dans une ville aussi tranquille de toute ma vie ! Il a insisté pendant quelques jours sur la dangerosité de mon lieu de vie, j’ai dû lui balancer pour qu’il arrête, que nous ne venions pas du « même monde » et donc que nous n’avions pas les mêmes références, que j’avais grandi en banlieue parisienne et que j’avais été scolarisée en Z.E.P. Sur ce il ne m’a pas cru, et m’a parlé plutôt de Neuilly et là j’ai vu rouge

Neuilly ? Moi ? Mais il était sérieux ?

Si j’avais grandi à Neuilly, je n’en serais probablement jamais sortie ! Car quand un quartier est calme, sécurisé et que l’on possède les moyens d’y habiter, on ne va pas chercher forcément à se barrer. Ce qui était loin d’être mon cas, je vivais alors plus à 45 km au Nord-Ouest de Neuilly et dans un HLM.

La Z.E.P qu’est-ce que c’est ?

Soit Zone d’Education Prioritaire n’est d’ailleurs apparemment plus vraiment utilisée depuis une dizaine d’années. Le terme Réseau a remplacé celui de Zone (car trop péjoratif ?). Ce sont des zones créées en 1981 dans le système éducatif français dans lesquelles sont situées des établissements scolaires (collèges et lycées) dotées (apparemment) de moyens supplémentaires et d’une grande autonomie pour faire face à des difficultés d’ordre scolaires et sociales dans un but de « donner plus à ceux qui en ont le plus besoin ». Merci Wikipédia pour cette définition.

Lutter contre l’échec scolaire et pour l’égalité des chances part d’un bon sentiment, comme beaucoup d’actions gouvernementales, mais sur le terrain cela donne quoi ? Du moins entre 1999 et 2005 cela donnait quoi ?

Etre élève en Z.E.P ? Déjà, on ne sait pas forcément que l’on est en Z.E.P., donc dans une zone par défaut connaissant de grandes difficultés sociales et économiques. Ce qui est normal, on a grandi dans cet environnement et tant qu’on n’a pas vu ailleurs comment cela se passait, on pense que c’est la norme. Puis c’est aussi loin d’être notre première préoccupation. On l’apprend quand on en sort, moi je l’ai appris au moment de passer mon BAC, ayant toujours été dans le peloton de tête en cours, je me retrouvais bien en dessous de la moyenne avec mes cours du CNED pour passer un BAC ES (Economique et Social) par correspondance.

L’organisation d’un établissement

Sur le terrain au collège comme au lycée, cela donne des classes surchargées. Je pense avoir été dans une classe de 35-38 élèves maximum suivant les options, où si tout le monde daignait venir, on devait prendre tables et chaises dans d’autres salles.

Les profs ne sont pas forcément présents toute l’année, et s’ils sont malades, ils ne sont jamais remplacés. Donc une partie du programme nous passe  forcément sous le nez.

Et quand les profs sont là, ce n’est pas forcément pour la gloire non plus. J’ai souvenir de ces « victimes », où l’on n’arrivait pas à entendre la voix du prof de tout le cours que cela soit en Anglais, en Maths, en Histoire, en Physique… Toutes les matières, à un moment donné y sont passées sur toute cette scolarité. De quoi en dégoûter plus d’un de l’école.

Concernant la présence d’autres représentants pour maintenir un certain ordre social dans l’établissement ou du moins aider dans certaines problématiques personnelles des élèves, il y avait certes des « pions », infirmières, conseillers d’orientation et autres assistantes sociales, mais souvent indisponible et avec lesquels il fallait prendre rendez-vous. Pas du tout présents dans les réalités du terrain.

La Z.E.P au quotidien

Les infrastructures n’étaient pas les meilleures, et les relations entre les élèves n’étaient pas un long fleuve tranquille non plus. Les adolescents peuvent déjà être à la base cruels entre eux et à tester leurs limites, mais dans un environnement comme celui-là, j’ai l’impression maintenant que c’était d’autant plus décuplé. Au lycée, dans ma classe de seconde, il n’était pas bon d’élever la voix lorsqu’on débattait sur les tournantes, il n’était pas bon d’être d’un autre avis que la majorité du groupe, il n’était pas bon de ne pas sécher, il était mal vu de faire tous ses devoirs… Mais arriver bourrer et coucher à droite à gauche étaient très populaire. Personnellement j’ai connu toutes sortes d’insultes et surtout physique : la moche, le thon, l’extraterrestre etc.… Mais un jour, on apprend à répondre aux gens qui nous insultent, on apprend à élever la voix en cours même si l’on risque les coups, on apprend tout simplement à défendre sa personne et ses opinions. On grandit malgré tout.

A l’adolescence l’environnement dans lequel on évolue nous influence mais ne nous définira pas en tant qu’adulte, car nous y grandissons par défaut pas par choix.

On ne peut se laisser définir que par notre passé. Il contribue à notre personnalité, mais n’excuse en rien les personnes que nous sommes devenues, bien au contraire. Je suis fière d’avoir grandi en Z.E.P, même si je n’en parle pas tous les jours et que cela fait bientôt 15 ans que je l’ai quittée. J’ai donc calmement renvoyé ce consultant à sa place : dans son 3 pièces avec vue, dans son quartier résidentiel de Genève qu’il n’a jamais quitté.

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