Une histoire de temps, dans le confinement

Depuis maintenant deux semaines, nous vivons en confinement, ou semi-confinement. Ce terme qui est actuellement sur toutes les lèvres est plutôt généralement employé dans le monde hospitalier, carcéral ou militaire et exprime le fait d’être forcé à rester dans un espace limité (synonyme d’ailleurs « d’enfermer »), en l’occurrence chez nous. Qui l’aurait cru dans les pays où la liberté de mouvement était devenue « naturelle » ?

Le « chez nous », pour tout célibataire est un cadre que l’on connait bien, car souvent on vit seul(e) et on a déjà le temps d’être suffisamment chez soi en temps normal. Le dimanche est souvent la journée où l’on passe le plus de temps à la maison. Un dimanche par semaine ça va, mais sept dimanches dans la semaine cela commence à piquer. La solitude on la connait, on peut l’adorer même, mais on n’aime pas la subir. 

Personnellement l’idée même de me retrouver enfermée dans mon petit deux pièces à Genève pendant un temps illimité, tout en étant en chômage partiel commençait à me provoquer des crises de claustrophobie. Pas que je sois super-active ou que je déteste mon appartement, mais pour y avoir été contrainte et forcée d’y rester pour des raisons médicales pendant près de 5 mois, j’avais l’impression que les murs étaient entrain de se rapprocher jour après jour et qu’ils allaient finir par m’écraser. True story. Nous avons besoin d’air, de marcher, de voir des gens, d’avoir des buts dans nos journées pour avoir un certain équilibre, non? Le virtuel est sensé être un plus dans nos quotidiens, pas de devenir une norme.

J’ai eu la « chance » d’avoir prévu des « vacances » du 20 au 30 mars direction la Finlande pour voir de la famille, et au vu de la situation j’y suis restée. Vacances et sans solde « négociés » avec un vol retour en suspens. Carpe diem.

Clairement les premiers 10 jours de ces vacances un peu particulières se sont déroulés comme ils devaient. J’ai coupé les réseaux sociaux, j’ai bien dormi, bien mangé, fait ma rééducation, lu des bouquins, rattrapé le temps perdu avec la famille, fait la cuisine et au bout de quelques jours je me sentais décontractée. Mais maintenant ? Nous sommes le 3 avril, et c’est maintenant que la « créativité » va devoir s’éveiller, les apéros à distance se multiplier, une routine (chargée?) se créer et peut-être (surtout) aussi regarder la réalité en face.

Combien d’entre nous pensions : « Si j’avais plus de temps je ferai… » et ne le faisons pas maintenant. Il faut être honnête aujourd’hui : qui a vraiment la force, la motivation et l’envie de faire tout ce qu’il ne pouvait pas faire avant par manque de temps ? Apprendre une nouvelle langue, créer un potager, apprendre à cuisiner, faire du yoga, etc… Personne. Et moi la première.

Je pensais pourvoir rattraper tout mon retard cumulé sur mes cours du soir ou bien avoir vraiment du « temps » à consacrer à mes « histoires » en suspens. Mais non, c’est le brouillard. Je ne sais pas d’où cela vient. Est-ce notre inquiétude quotidienne du fait de ne pas savoir où demain nous mènera ? Est-ce le fait que nos objectifs quotidiens sont ramenés aux choses essentielles dont on ne prenait même plus la peine de faire attention comme se laver, s’habiller, manger, dormir ? De nos questionnements sur le sens de notre existence (boulot, relations, objectifs, priorités)? Ou tout simplement est-ce une flemme intersidérale qui nous envahit car moins on a de choses à faire, moins on a envie d’en faire…

La créativité est quelque chose que l’on doit nourrir. Les idées (et les vies) que nous avons proviennent en grande partie de nos interactions quotidiennes avec les autres. Les chemins que nous prenons aussi. Sans les autres, nous ne sommes pas grand-chose et peut-être que certains d’entre vous ne le réalisent que maintenant. Or nos cercles se sont restreints et nos interactions aussi. Comment alors ne pas se laisser happer par le spleen ambiant et rendre cette période incertaine vivable et sous contrôle ?

Ce qu’il faut mettre en place absolument c’est une routine. Créer une routine en étant seul(e) chez soi cela demande une discipline. On succombe assez rapidement à aller se coucher au milieu de la nuit et à se réveiller au milieu de la journée. A se dire que cela ne vaut pas la peine de s’habiller car on ne sortira pas ce jour-là, ou à ne pas se faire réellement à manger car on n’a pas forcément faim etc… Et pourtant, mettre un réveil, s’habiller, cuisiner et se faire un programme chaque jour est ce qui importe le plus en ce moment. Je rajouterai qu’avoir une ou deux personnes par jour au téléphone est une chose indispensable. Et quand je dis téléphone je veux bien dire avoir quelqu’un de «vive voix», soit utiliser la fonctionnalité première du téléphone qui est de se parler. Ensuite, il faut combler tout le reste du temps par des activités qui feront passer le temps et essayer un maximum de s’ancrer dans le moment présent. Nous ne pouvons pas nous permettre de nous projeter sur le long terme à l’heure actuelle, mais nous pouvons penser à toutes ces  petites choses que nous tenions pour acquises et pour lesquelles nous reprendrons du plaisir une fois le confinement terminé : prendre un ami dans ses bras, sortir boire un verre, manger au restaurant, aller à la salle de sport ou encore être le plus possible hors de chez soi.

J’aime à croire que notre notion du temps ne sera plus le même une fois que nous sortirons de cette crise, à quoi alors le consacrerons nous?

En attendant, la patience est de mise. Bon courage et à bientôt!

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