L’autre moitié du soleil, de Chimamanda Ngozi Adichie

J’ai découvert Chimamanda Ngozie Adichie grâce à une amie il y a quelques années lors d’une balade à Paris. Il faut savoir qu’à chaque fois que je remets les pieds à Paris (cela fait d’ailleurs maintenant un an et demi que je n’y suis pas allée !) je m’accorde toujours une session shopping et m’attarde plus particulièrement avec les livres. Mon amie connaissant un peu (beaucoup !) mes sujets de prédilections en matière de lecture m’avait alors recommandée « Americanah » de cette autrice. Et je n’ai pas été déçue du voyage ! Tellement que j’ai lu par la suite ses essais féministes « Nous sommes tous des féministes » et « Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe », des petits bijoux de réflexion. Une autrice nigérianne qui ne publie pas un livre par an, mais qui est de nature très engagée et qui s’attaque à des sujets compliqués. Et « L’Autre moitié du Soleil » en fait partie.

De quoi cela parle ?

De la guerre. Une guerre civile, celle du Biafra, celle de l’indépendance du Biafra, région de l’est du Nigéria à la fin des années 1960. Elle nous la raconte à travers deux sœurs jumelles, Olanna et Kainene, nigériannes éduquées de la classe moyenne-riche qui vont vivre, voir, ressentir cette guerre du début jusqu’à la fin. Tour à tour, l’autrice bascule son roman du début des années 1960 à la fin des années 1960 nouant des liens entre ses personnages qu’aucun événement ni secret ne pourra rompre à travers l’horreur de cette guerre. De Lagos à Port Harcourt, de Nsukka à la simple brousse, de l’opulence à la famine, de la joie à la violence, l’autrice nous plonge dans la réalité de cette guerre africaine mais avant tout humaine qui aura fait plus d’un million de morts et des millions de déplacés. Où comment l’Histoire bouleverse des vies et où comment une simple différence d’ethnie, de religion, de langue peut amener l’être humain à commettre les pires horreurs à son prochain.

Pourquoi cette histoire interpelle ?

Personnellement, quand j’ai refermé ce livre dimanche dernier, je pleurais. Jamais un livre ne m’avait fait cet effet. Cette histoire n’a pas fait appel à mon mental, ma logique mais à mes émotions. Mettre des mots sur une guerre et les lire, c’est faire appel à notre imagination et faire appel à quelque chose qui est ancré profondément en nous. Et les mots sont souvent plus forts que les images. C’est le cas pour ce roman.

Je n’ai pas connu cette guerre, ni aucune d’ailleurs, étant née en 1988. J’ai dû aller faire quelques recherches, lire quelques articles et voir quelques images pour en comprendre les enjeux, les différents camps qui s’affrontaient et les populations civiles déplacées et massacrées. Et je me suis demandée: « Mais comment bascule-t-on aussi rapidement dans l’horreur? Ne voit-on pas ces choses venir? » Simple d’esprit que je suis…

Sur fond d’Histoire et de guerre, l’autrice mets en lumière la complexité des liens familiaux, amicaux, interreligieux et interraciaux. En plus d’une famille nigérianne, nous suivons le parcours de Richard, amant de Kainene, blanc, anglais, amoureux du Nigéria, qui refuse de rentrer en Europe et décide de couvrir cette guerre. Il y a aussi et surtout Ugwu, boy de 13 ans, qui passe du village à la ville et est engagé par le compagnon d’Olanna, qui va grandir et expérimenter cette guerre de l’intérieur. Rien n’est ni noir, ni blanc, il y aura beaucoup de gris.

On lit et apprend ce que le Nigéria était et est encore aujourd’hui : un pays complexe et riche en ressources naturelles où vivent des millions de personnes regroupées à l’intérieur de frontières tracées au crayon, en ethnies aux religions différentes, aux langues différentes, aux modes de vie différents etc… Un état corrompu, militaire et violent. Bref, on pourrait dire : « Oui, mais c’est l’Afrique » mais en fait « Non ». L’Histoire récente des Balkans y ressemble, notre histoire à nous d’Europe occidentale du début du XXème siècle également.

La guerre est une chose profondément humaine peu importe où nous vivons sur cette planète. Pour des histoires de pouvoir, de richesses, de territoires, de croyances religieuses, l’être humain a ce besoin d’opprimer son prochain afin de surmonter la peur d’être opprimé lui-même. Et l’autrice couvre tout ces aspects qui mènent à l’oppression : des stratégies politiques aux ingérences extérieures, des armes de guerres (famine, viols, massacres) aux camps de réfugiés, de l’amour à la mort, de l’espoir au désespoir, de la peur au soulagement….

Donc qui mieux qu’une nigériane peut parler d’une guerre que ses parents ont vécu ? Qui mieux qu’une femme peut parler des relations hommes-femmes-enfants en temps de guerre et en temps de paix ?

Vous l’aurez compris, c’est un roman puissant et émouvant. Mais rassurez-vous, c’est une histoire de guerre, mais aussi une histoire sur l’amour, l’espoir, la fraternité. Et si moi je l’ai lu, tout le monde peut la lire. C’est dur, mais l’écriture est sobre, directe, et envoûtante. Vous me direz 🙂 !

Pour les cinéphiles, je vous laisse le lien de la bande annonce!

Bon week-end à toutes et tous!

3 commentaires sur “L’autre moitié du soleil, de Chimamanda Ngozi Adichie

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