Traverser l’espace Schengen en plein COVID-19

Chers lecteurs, chères lectrices, comment allez-vous ? Avez-vous eu la même semaine angoissante que j’ai eue ? Clairement, comment notre monde, nos modes de vie et nos certitudes se sont-ils effondrés en l’espace de quelques jours ?

Quand lundi dernier je suis arrivée au boulot aussi calme que les semaines précédentes, quelque chose dans l’air avait changé : plus rien n’allait être certain et à tous les niveaux. Si je n’avais pas eu à avoir d’interactions avec d’autres personnes, je pense que je n’aurais pas perdu pied comme j’ai pu le faire. Le virus en lui-même ne me fait pas peur, mais les gens avec leurs peurs, leurs angoisses et leurs actions qui en découlent, si.

Donc heure par heure, jour par jour, nous avons eu à faire face à de nouvelles règles, de nouvelles directives avec aucune garantie en vue. De la fermeture des lieux de vie communs, puis de tout endroit non-essentiel à notre vie quotidienne, à la signature de documents de chômage partiel, à la connaissance d’un chômage réel au bout de quelques semaines, les frontières de l’espace Shengen se sont aussi fermées.

Je me suis tout de suite sentie en prison. Chose que j’ai expérimenté récemment car emprisonnée de mes douleurs physiques m’obligeant à être alitée chez moi pendant plusieurs semaines. Et la perspective de revivre cette expérience m’effrayait plus que tout.

Personnellement, au mois de février, j’avais prévu de partir en Finlande en vacances avec un départ hier. La perspective de vacances que j’attendais depuis des mois, s’est transformée en « urgence de survie » très rapidement.

Pour information la Finlande est touchée par le COVID-19, mais dans une moindre mesure. Ce n’est pas pour autant qu’elle ne prend pas actuellement les mêmes mesures que la Suisse, mais pas encore au niveau de l’Espagne, de l’Italie ou de la France.

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Donc quand en début de semaine on parlait de fermeture de frontières, je me disais que cela n’arriverait pas encore pour la Finlande. Quand on m’a assené tous les jours, que je ne pourrais partir, que j’étais inconsciente, égoïste ou d’autres qualificatifs très plaisants, (dont je ne veux pas me rappeler), je restais quand même sur mes positions tout en trouvant des solutions (communication ambassade, préparation de documents etc). Quand jeudi, ma tante m’a envoyé un énième message me demandant de rester chez moi en Suisse car l’Etat finlandais avait décidé de fermer ses frontières, j’ai dû justifier toutes les raisons pour lesquelles je n’avais rien à perdre d’essayer (isolement, arrêt total de mes soins médicaux de la part de tous mes médecins, chômage en vue etc…) car mes vols étaient toujours prévus ! Et pourquoi je n’essayerais pas ? Ok, mon passeport finlandais était périmé, mais cela ne m’enlevait tout de même pas ma nationalité ?!

Donc me voilà jeudi soir après une dernière journée plus qu’éprouvante au travail et une fermeture définitive de nos locaux jusqu’à nouvel ordre, à devoir faire ma valise. Une valise. Mais pour combien de temps ? Sûrement pas pour les dix jours prévus, car si je réussissais mon entreprise, cela serait un aller simple et pour une durée indéterminée. Car oui, célibataire, sans parents, sans frère ni soeur, sans enfant, expatriée et sûrement peut-être sans boulot bientôt, quelle urgence y aurait-il à rentrer ? Donc cette valise a été faite en conséquence.

Après 19h, j’ai tout coupé, que cela soit téléphone, internet ou télé. Je ne voulais plus recevoir un quelconque avis sur ce que j’allais faire, ou une nouvelle des médias qui ne tiendrait pas forcément la route et qui m’empêcherait de partir.

A 4h du matin je me suis levée (oui, car réveillée, je l’avais été toute la nuit), et j’ai vérifié sur mon application si le vol était toujours prévu et il l’était. Le taxi est venu me chercher à 4h45 et m’a averti que l’aéroport de Genève allait sûrement fermé dans la journée et qu’il se pourrait que je ne puisse pas partir : « Ok, mais j’essaye quand même » lui répondis-je. Arrivée à l’aéroport, la zone de dépose de taxi était bloquée, il m’a donc déposée bien avant. A l’extérieur des portes, 5 personnes faisaient la sécurité et demandaient les boarding pass pour rentrer. Il n’y avait personne d’autre que moi et eux…

Je suis rentrée.

20200320_055425Arrivée au desk de KLM, des gens comme moi attendaient. Au moment de l’enregistrement des bagages, chaque cas était particulier : nationalité, zone de transit, rapatriement de citoyens, justificatifs de voyage… Chapeau bas à tout le personnel de l’aéroport qui était au final beaucoup plus nombreux que le nombre de passagers !

Etrange sensation d’être la seule à passer la sécurité. Etrange sensation de voir toutes les boutiques, restaurants et cafés fermés. Etrange sensation de garder ses gants et son écharpe sur le nez, car on ne sait jamais ? Etrange sensation d’être arrivée à enregistrer ses bagages jusqu’à Helsinki sans la moindre difficulté !

Nous étions donc 27 sur ce vol Genève-Amsterdam pour un avion pouvant contenir 150 personnes. Puis le Amsterdam-Helsinki était 60% plein je dirai. Les pilotes nous demandaient de garder nos places avant le décollage pour assurer l’équilibre de l’appareil. Ensuite nous pouvions nous déplacer afin de conserver une distance de sécurité. Ils nous ont mentionné également que le personnel à bord ne pouvait rester dans la cabine comme d’habitude (à part pour le service habituel) et qu’il ne fallait les contacter qu’en cas d’urgence.20200320_055446

Arrivée soulagée à Helsinki, on nous a alors prévenu qu’il faudrait préparer nos passeports car les douanes avaient ré-ouvertes. Donc en gros ils pouvaient nous renvoyer chez nous si nous n’avions pas une raison valable de venir sur le territoire… Chaque non-passeport finlandais était emmené à part, afin qu’ils étudient si la raison de leur venue sur le territoire était indispensable.

Alors quand mon tour est arrivé j’ai dégainé tous mes papiers : passeport français, permis suisse et le graal : passeport finlandais et j’ai tout de suite commencé à parler finnois au douanier.

Périmé ou pas, j’étais dans leurs fichiers. Si mon père m’entend, dans le ciel quelque part aujourd’hui, je le remercie chaleureusement de m’avoir appris le finnois dès toute petite et de m’avoir procuré le passeport finlandais à mes 18 ans. Ah oui, et aussi de m’avoir montré combien il fallait être déterminé dans la vie pour obtenir ce que l’on veut, peu importe l’avis des autres… Je n’avais clairement pas pensé qu’un jour, ce passeport me serait aussi précieux.

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Traverser l’espace Shengen en temps de crise sanitaire est donc possible, à la condition que vous possédiez les nationalités et domiciles qui conviennent !

Comme je l’ai entendu à l’aéroport de Genève : « Les gens ne partent pas en voyage, ils rentrent chez eux ». Et c’était donc un constat pour moi-même également, je rentrais chez moi, je ne partais pas en voyage. Et pour une durée indéterminée.

Et vous ? Où êtes-vous ? Comment vivez-vous cette situation ? N’hésitez pas à partager vos expériences et en attendant prenez soin de vous.

4 commentaires sur “Traverser l’espace Schengen en plein COVID-19

  1. Malgré cette situation difficile et incertaine, le bonheur d’entendre les oiseaux, de ne plus être dérangé par le bruit des voitures ou avions, la terre respire enfin.
    Bon confinement pour toi en Finlande.

    Aimé par 1 personne

  2. Nous sommes 6 français bloqués au Paraguay. Après contact auprès de l ambassade nous ne sommes pas une priorité car nous sommes 50 français actuellement sur le territoire paraguayen. Nos réservations sont annulées au fur et à mesure

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