Les Guerriers de l’Hiver, d’Olivier Norek

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas été prise par un bouquin, au point d’en rêver la nuit.

Les Guerriers de l’hiver m’a été recommandé par une personne avec qui j’ai travaillé dans le passé et qui a été spectateur de mon état de santé lorsqu’il était au plus bas. Quelques années ont passé depuis notre collaboration ainsi que quelques épreuves de vie pour lui comme pour moi et nous étions heureux de voir comment les choses avaient changé : pour le mieux et nous sommes désormais tous les deux tournés vers l’avenir. Le sujet de la Finlande a été abordé (c’est un grand fan!) et notamment le concept de Sisu qui est un terme intraduisible en français mais qui fait référence, en gros, à la résilience finlandaise. Wikipédia propose également pour le définir des termes comme « courage », « ténacité », « persévérance », « bravoure » ou encore « détermination ».

Le Sisu, terme qui a toujours circulé dans ma famille finlandaise depuis mon enfance, on l’a ou on ne l’a pas. Mais surtout, c’est quelque chose qu’aucun autre peuple ne peut posséder : cela ne peut être que finlandais (non, non, je ne suis pas chauvine…)!

Souvent, pour connaître les particularités culturelles d’un peuple, il faut aller regarder dans son Histoire. La Finlande est un pays récent, car elle a obtenu l’indépendance le 6 décembre 1917. Sous domination suédoise pendant quelques siècles puis russe, elle a dû en 1939, prendre les armes pour défendre sa toute jeune nation contre les envahisseurs russes. Ils réclamaient une partie de son territoire (pour le prendre en entier par la suite) pour se protéger du Troisième Reich d’Hitler. La Finlande devait devenir une zone tampon pour les Russes, (cela vous rappelle-t-il quelque chose d’actuel ?) et cette guerre, la guerre d’Hiver, est ce que relate merveilleusement ce livre ainsi qu’un exemple factuel du Sisu finlandais.

Ni pro-finlandais, ni pro-russe, l’écrivain, au travers de son roman a repris des faits historiques avec ses véritables héros et héroïnes. A la fin du livre, il y a ajouté les différentes cartes des différents fronts ainsi que les portraits des principaux personnages réels de son roman, finlandais et russes. On y retrouve le meilleur sniper de l’Histoire (finlandais) Simo Häyhä qui, dont la seule légende effrayait des milliers de soldats russes; le légionnaire Aarne Juutilainen, surnommé « l’Horreur » qui, par sa folie et sa désobéissance a mené de nombreuses victoires finlandaises; mais aussi le colonel Shtern ou Molotov du côté russe.

Ce récit nous emmène en terres finlandaises de fin octobre 1939 au 13 mars 1940, période durant laquelle les températures sont descendues jusqu’à -51 degrés. Une nation minuscule d’un peu plus de 3 millions d’habitants a dû se défendre par tous les moyens possibles contre une nation mastodonte de plus de 170 millions d’habitants. Un Finlandais contre 10 Russes. Et les Russes ont accusé la Finlande de les avoir attaqués en premier, d’où la nécessité de les envahir pour se défendre (est-ce que cela aussi, cela vous rappelle quelque chose ?).

Cette histoire n’est pas un récit de guerre glauque (torture, viols etc.) mais c’est le récit d’une résistance. D’une stratégie face à l’ennemie. D’une résistance sans laquelle nous ne saurions pas où l’Europe serait aujourd’hui si les hommes de Staline avaient envahi la Finlande dans son entièreté (il prédisait alors pouvoir le faire en 15 jours). A la place il n’a obtenu que 10% des territoires réclamés avant la guerre, territoires convoités car accès à la mer Baltique dans le sud-est et à l’Arctique dans le nord, et tout cela pour des ressources naturelles. Evidemment.

Ma grand-mère me disait toujours que la Finlande avant la guerre avait l’air d’une danseuse. Les Russes l’ont amputé d’un bras et d’une partie de sa robe… Non bien sans mal.

Les Finlandais, sous la direction du commandant Mannerheim, héros national, et connaissant les Russes comme sa poche (car ayant été formé par eux aux techniques de guerres), va mener avec son équipe, une stratégie incroyable avec le peu d’hommes et le peu de moyens que la Finlande possédait à l’époque.  La Finlande se défendait seule dans ce conflit, aucun pays européen n’a voulu s’en mêler et ils ont dû sacrifier énormément de choses. Par exemple, la population a été appelée à une lourde contribution : celle de donner à l’Etat ce qu’ils avaient de plus de valeur : leurs alliances et bijoux en or afin de les faire fondre pour obtenir des lingots qui permettraient d’acheter du matériel de guerre.

La Finlande n’ayant pas d’armée propre, l’une des premières décisions qui a été prise a été de rassembler les hommes des mêmes villages dans les mêmes bataillons. Ainsi les soldats se connaissaient (amis, frères, voisins), et naturellement allaient se défendre et se protéger les uns les autres. Quant à la Russie, ses soldats venaient des différents pays satellites (beaucoup d’Ukrainiens) et différentes langues étaient parlées dans les unités, ce qui pour l’organisation et la compréhension des ordres posaient un certain nombre de problèmes.

Les Finlandais étaient habillés chaudement et de blanc. C’était l’hiver et sur la neige ils étaient invisibles. Les Russes dans les premières semaines de combat avaient été envoyés avec des uniformes verts et souvent seulement d’été. Beaucoup sont morts juste de froid en arrivant sur les différents fronts… Les Russes n’étaient pas nourris convenablement, les Finlandais si.

Les Finlandais récupéraient chacun de leur mort pour les rapatrier à leurs proches avec leurs plaques militaires. Les Russes avaient pour ordre de ne ramener personne (laisser les corps à l’abandon ou les organiser en charniers) et surtout l’information des « morts » ne devait absolument pas circuler en Russie. La Russie n’avait pas de morts, la Russie allait gagner cette guerre, c’était une balade de santé. Résultat des courses? 70’000 morts côté finlandais, 400’000 morts côté russe.

Ces petites choses qui ont fait la différence pendant cette Résistance…

Mon avis sur ce livre est sûrement biaisé, car je suis moitié finlandaise et que je tiens énormément à cette culture, cette langue, cette manière de vivre, que la famille de mon père m’a transmise. En le lisant, j’ai juste eu la confirmation de ce que mon père et ma grand-mère me racontaient de la guerre et de cette fierté que les Finlandais pouvaient avoir d’être la nation qu’ils sont : humbles, résilients, solidaires et apparemment les plus heureux du monde selon l’étude annuelle de l’ONU depuis quelques années.

Ce livre, aussi, fait terriblement écho à l’actualité. Mêmes stratégies, mêmes problématiques, un siècle plus tard, dans différentes parties du monde. A croire que l’humanité ne sait pas apprendre de son Histoire, prend plaisir à répéter les mêmes erreurs, n’aime pas évoluer, collaborer, prendre soin d’elle ou tout simplement s’aimer. Désormais, à la tête des pays les plus puissants du monde, nous avons des petits garçons à l’ego fragile qui veulent voler le jouet de leur voisin juste parce qu’ils ne le possèdent pas, ou qu’ils pensent qu’ils n’en ont pas déjà assez entre leurs mains. Comme dans une cour d’école. Qui pourrait leur rappeler que la collaboration amène la prospérité, pas la guerre ? Que nous sommes tous dans la même équipe et que notre terrain de vie est déjà en train de brûler ?

4 commentaires sur “Les Guerriers de l’Hiver, d’Olivier Norek

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