Conte : L’épreuve du Temps (1/3)

Au Royaume du Temps, quatre Forces régnaient en maîtres : LuminA se chargeait du jour et de la nuit, TerrA de la nature, SpiritA des croyances et HumanA des êtres humains. Ses habitants les appelaient les Quatre A.

Les Quatre A, apportaient au Royaume joie, paix et équilibre. Elles avaient instauré une coutume auprès de leurs habitants : à l’aube de leur 20ème anniversaire elles leurs accordaient leurs vœux le plus cher.

Ainsi chaque année, une vingtaine d’entre eux se rendaient dans la clairière de la Forêt du Royaume et se voyaient leurs vœux exaucés. Les vœux les plus communs étaient de posséder une maison avec un jardin ou plus simplement un teint hâlé toute l’année.

Constance était à la veille de ses 20 ans et se préparait donc à partir pour la clairière de la Forêt. Brune, les cheveux longs et ondulés, le teint pâle qui faisait ressortir quelques taches de rousseur, elle savait déjà ce qu’elle allait demander. Elle assumait qu’elle ne pourrait être plus belle qu’elle ne l’était à l’heure d’aujourd’hui et elle demanderait donc la jeunesse éternelle. Elle voyait en horreur la transformation physique de ses parents et grands-parents et était effrayée à son tour de grossir, d’avoir des rides, de perdre ses dents et ses cheveux ou encore de voir apparaître des taches brunes sur sa peau.

Elle se mit alors en route pour la clairière de la forêt. Ne voulant pas dévoiler son vœu comme tous les autres le faisaient depuis des mois, elle s’assura d’arriver la dernière à la clairière. Elle formula son souhait aux Quatre A qui se regardèrent l’air étonné.

Alors un débat fut posé : LuminA et TerrA clamaient que cette demande était contre nature et qu’il était impossible de lui accorder alors que SpiritA et HumanA quant à elles voulaient essayer car c’était une demande dans l’air du Temps. Constance resta alors silencieuse et laissa les Quatre A se concerter. Après quelques heures elles décidèrent de lui accorder son vœu à la seule condition qu’elle serait la seule et unique à bénéficier de ce dernier et qu’elle ne devait le dire à personne. Constance accepta, les remercia vivement et rentra chez elle le cœur remplit de joie.

Ainsi les premières semaines et les premiers mois passèrent et Constance ne cessa de passer son temps devant son miroir à admirer la régularité de sa peau, à inspecter sa parfaite dentition ou encore à brosser ses cheveux à en casser de nombreuses brosses. Ses parents et ses amis essayèrent de la questionner sur la nature de son vœu mais elle ne faisait que répéter que c’était « un secret avec les Forces de Temps et elle ». Ils se lassèrent vite et la vie au Royaume reprit son cours.

Quatre saisons se succédèrent puis Constance rencontra un homme tout aussi beau qu’elle. Ils décidèrent tous deux de se marier dans l’année. Jardinier de profession, ils emménagèrent dans son jardin dont il prenait soin au fil des saisons. Ils s’amusaient à l’appeler « Jardin d’Eden » leur petit paradis éternel. Quelques mois après leur emménagement, Constance donna naissance à deux enfants, une fille puis un garçon.

Les saisons continuèrent à se succéder et Constance vit ses enfants grandir, ses petits-enfants naître, son mari vieillir et ses parents dépérir.

Bien qu’elle n’eût plus de temps à passer devant son miroir, les regards sur elle changèrent. Elle était tout aussi jolie qu’à ses 20 ans, et c’était bien cela le problème car les gens commencèrent à se méfier. Une rumeur naquit et on la traita désormais de sorcière.

Rapidement, Constance ne put sortir de chez elle et leur jardin d’Eden se retrouva à de multiples reprises saccagé. Son mari patient dans les premiers temps, n’eût bientôt plus la force de le nettoyer. Un jour, malgré tout l’amour qu’il portait à sa femme, il lui demanda de partir. Il lui expliqua qu’il était dangereux pour lui et leur descendance qu’elle reste avec eux. Qu’il ne pût comprendre que sa femme avait gardé l’apparence de ses 20 ans alors que ses propres petits enfants s’apprêtaient eux-mêmes à fêter leurs 20 ans. Constance comprit son inquiétude, étant inquiète elle-même et ne pouvant parler de son vœu à son mari se résigna à partir.

Elle décida alors d’aller se réfugier chez ses parents très âgés mais encore vivants. Arrivée devant son ancienne maison, elle découvrit qu’ils étaient partis. Sur la porte d’entrée était écrit : « Parents de la sorcière, à mort aux démons ». Constance se sentit désemparée et commença à pleurer.

« Tout cela est ma faute ! » se dit-elle. « Qu’ai-je fait ? ». Elle réalisa qu’elle avait tout perdu et tout perdu par sa faute.

Ses pleurs s’estompèrent et la tristesse laissa alors place à la colère. Constance était en colère contre elle, et contre son vœu. Elle n’avait que faire de son apparence maintenant qu’elle avait perdu tous les êtres qu’elle aimait. Elle prit le petit miroir dans sa poche qui ne la quittait plus depuis ses 20 ans et observa son visage, la cause de son désespoir.

Rejetée de toute part et n’ayant plus d’endroit où se réfugier, elle décida alors de quitter le Royaume du Temps

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